L’innovation au coeur des Armées

Le ministère des Armées a lancé hier son programme d’innovation, de transformation et de modernisation soutenu par un budget de recherche et de développement (R&D) de 4,67Md€ pour 2018, dont 723M€ consacrés à des études amont.

 

Florence Parly écoutant attentivement l'inventeur du système de communication pour radio/smartphone Auxylium, actuellement déployé au sein de l'opération Sentinelle (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Florence Parly écoutant attentivement l’inventeur du système de communication pour radio/smartphone Auxylium, actuellement déployé au sein de l’opération Sentinelle (Crédit photo: Christina Mackenzie)

 

La ministre Florence Parly défend activement l’innovation depuis son entrée en fonction en juin dernier. Lors d’une visite la semaine dernière au centre de cybersécurité du ministère à Bruz (ouest de la France), elle a remarqué que : « J’ai vu ici l’esprit d’audace que je veux voir souffler sur tout le ministère, » tandis qu’elle déclarait lors de l’université d’été du Medef (Mouvements des entreprises de France) en août dernier, que « dans notre lutte pour la sécurité et la liberté, l’innovation et l’industrie françaises sont des armes de choix, des armes puissantes et respectées ».

C’est donc avec un réel intérêt que Parly a visité l’exposition « Innovation participative » installée hier dans les murs du ministère des Armées. Manifestement plus à l’aise dans son rôle de ministre des Armées qu’elle ne l’était avant l’été, Parly aura profité de l’instant pour rire et échanger avec le personnel du ministère dont les idées pour améliorer certaines processus et équipements ont conduit à l’élaboration de prototypes et, même dans certains cas, à leur industrialisation.

L’IGA Pierre Schanne, directeur de la mission innovation participative, a déclaré aux médias, en amont de la visite de Parly, que les 40 inventions présentées n’avaient pas été développées par des inventeurs professionnels mais bien par des personnes « qui ont eu une idée pour résoudre un problème sur le terrain ».

Mis sur pied il y a plus de 30 ans, ce projet d’innovation participative offre un soutien financier, juridique, technique et moral aux inventeurs amateurs, qui bénéficient en moyenne de 30 000€ pour réaliser leur projet. Au fil des années, plus de 1600 inventeurs ont ainsi été soutenus pour environ 1400 projets, dont 750 ont été finalisés. Quelques 100 projets sont soumis chaque année, a expliqué Schanne, dont environ 50 sont choisis comme étant viables, mais seulement la moitié de ceux-ci aboutira à un prototype. Dans 50% des cas, le prototype est développé avec l’aide d’un industriel, mais dans le cas où la technologie serait effectivement industrialisée, ce pourcentage monte logiquement à 98%.

L’une des inventions présentées hier et entièrement conçue au sein du ministère, sans impliquer de civils ou d’industriels, est le RAKOON (recherche aéroportée kit opérationnel d’observation nomade). Ce système, notamment conçu par l’adjudant Joseph du 13e régiment de Dragons Parachutistes (13e RDP), permet aux opérateurs des forces spéciales, dont le travail principal est l’observation, de voir sur une tablette ce qu’ils devraient normalement observer à travers la lentille de leurs caméras, jumelles ou monoculaires. Comme nous l’a expliqué l’adjudant Joseph, parce que le verre des lentilles peut être détecté par les forces ennemies, le soldat derrière l’objectif risque grandement d’être pris pour cible. Avec RAKOON, les militaires peuvent désormais se tenir à quelques mètres de la caméra, jumelle, etc.

Cette innovation, l’adjudant Joseph l’a déjà utilisée en opération, nous a-t-il révélé, avant d’ajouter qu’il était psychologiquement plus confortable de se sentir dans une sécurité relative même si l’équipement est touché. L’équipe de développement a obtenu un financement de 20 000€ en 2013 et a été aidée par le DETMAT (Détachement du matériel) de Tulle (centre de la France), un centre de recherche industrielle de l’armée, et par l’Institut Saint-Louis, un laboratoire de recherche de défense franco-allemand.

Parly s'est tout particulièrement intéressée  au garrot textile du Dr Nicolas (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Parly s’est tout particulièrement intéressée au garrot textile du Dr Nicolas (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Parmi les autres inventions mises en avant, il faut pointer ce « garrot textile prépositionnable à déclenchement simplifié » intégrable à terme dans le treillis et pouvant être serré en tirant simplement sur un rabat ; ce dépose-tambour de freins de poids lourd actuellement en cours d’industrialisation ; un système pour prendre des photos d’un hélicoptère et produire une carte en papier indéchirable en moins de quatre heures ; et bien d’autres que nous n’avons malheureusement pas eu le temps d’étudier.