Les chars en exercice : le réalisme en question

De novembre à mi-décembre 2018, la 1ère Compagnie de Chars du 501e Régiment de Chars de Combat a été engagée au sein du CETIA (Centre d’Entraînement au Tir InterArmes) de Suippes à travers deux rotations, l’une à dominante infanterie, l’autre à dominante blindée. Il s’agissait de la première rotation d’un SGTIA XL au CETIA Symphonie depuis sa création. Jusqu’où peut-on valider le réalisme de tels exercices dans les armées ?

 

Leclerc du 501e Régiment de Chars de Combat en séquence de tir (Photo : 501 RCC)

Leclerc du 501e Régiment de Chars de Combat en séquence de tir (Photo : 501 RCC)

 

Le complexe de tir Symphonie est réputé pour la qualité d’entraînement qu’il permet grâce ses 8 km d’entraînement, 41 zones de tir et plus de 500 cibles. Les CETIA permettent une véritable manœuvre tactique de SGTIA (sous-groupement tactique interarmes) à dominante infanterie ou cavalerie. L’objectif est de changer de dimension d’entraînement. À terme, ces centres deviendront des outils de référence du tir interarmes, avec la capacité de combiner la manœuvre et le feu et de s’entraîner au tir embarqué et débarqué.

 

Bénéficiant de nombreux créneaux de tir (N6 entraînement, N6 évaluation, N5), les différentes sections de la 1ère Compagnie de Chars du 501e Régiment de Chars de Combat ont évolué au sein de SGTIA, leur permettant ainsi de saisir toute l’importance de l’interarmes. La 1ère CIE obtient la note maximale en se classant « opérationnel NIV5 » avec un des meilleures scores de l’année (80% de coup au but), lors de cette rotation remarquée comme particulièrement dynamique et agressive. Au final, ce sont plus de 30 obus, 150 munitions de 12,7mm, 12 GALIX qui ont été tirées par tourelles, sans compter les patrouilles qui ont, elles aussi, pu utiliser tout l’éventail de leurs armements. Au terme de ces différentes rotations, l’attitude, les résultats et le professionnalisme de «ceux des chars» a été unanimement salué.

 

Un facteur – crucial – ne peut jamais être introduit dans l’exécution d’un exercice : le véritable stress engendré par une situation de combat où la perception d’un danger réel et majeur déclenche une décharge d’adrénaline et met tous les sens en alerte maximale. Tous ceux qui ont participé à des Opex le savent bien. Ce serait un progrès irremplaçable car le stress peut figer ou perturber des réactions requises instantanément. D’où l’intérêt des automatismes acquis pour réduire les risques d’une réaction inappropriée, voire d’une absence momentanée de réaction.

 

Par ailleurs, si les tirs exécutés depuis des pas de tir aménagés s’imposent pour permettre d’acquérir puis accélérer des automatismes de procédures – généralement une question de survie ! -, rien ne vaut le tir mobile en environnement « réel ». Ainsi donc, vu que de plus en plus de combats se déroulent en zone urbaine, les armées se trouvent confrontées à un défi croissant en termes d’entraînement réaliste. Les simulateurs offrent une base utile mais ne peuvent rivaliser avec ce que permettrait un entraînement dans un éventail d’environnements urbains susceptibles d’être rencontrés en Opex.

 

Ab initio, les chauffeurs connaissent déjà bien le fossé qui sépare la conduite en simulateur, aussi perfectionné soit-il, de la conduite sur le terrain, la sensation de contact avec le sol et la vision télémétrique étant différentes. Même avec les lunettes de vision virtuelle sophistiquées qui génèrent un résultat parfois bluffant. Mais en attendant mieux, apprécions comme il convient ce dont nous disposons et qui permet de former très efficacement les troupes qui en bénéficient !