Les armes libyennes alimentent le conflit au Sahel

Des armes « certainement, ou très probablement en provenance des stock libyens » ont été trouvées dans six pays d’Afrique et du Moyen Orient, révèle un rapport de recherche publié le mois dernier par un groupe de surveillance de l’armement, qui ajoute qu’une « découverte inattendue » de cette enquête fut la « prévalence des armes légères d’origine ivoirienne à travers la région ».

 

Cette carte présentée dans le rapport illustrant les fluxs d'armement et de personnels armés non-gouvernementaux  répertoriés dans le Sahel de 2011 à aujourd'hui

Cette carte présentée dans le rapport illustrant les fluxs d’armement et de personnels armés non-gouvernementaux répertoriés dans le Sahel de 2011 à aujourd’hui

 

L’organisme « Conflict Armament Research » (CAR), créé en 2011 pour fournir des preuves sur l’approvisionnement en armes des conflits afin d’informer et de soutenir une gestion et un contrôle efficaces de l’armement, autant d’informations que CAR publie ensuite dans son système d’information iTrace Global Weapon Reporting System. Les investigations menées en 2015 et au début de l’année 2016 ont ainsi fourni les preuves d’une prolifération d’armes provenant de stocks datant d’il y a cinq ans et constitué sous la Jamahiriya Libyenne Arabe de Mouammar Kaddafi.

 

Le matériel de l’ère Kaddafi retrouvé en Libye, au Liban, au Mali, en République centrafricaine, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, qui peuvent être retracés grâce au lot de provenance et aux numéros de série quasi-séquentiels, inclut :

 

– des missiles sol-air portatifs à très courte portée SA-7b, de fabrication russe

– des roquettes de 40 mm type F7 nord-coréennes

– des roquettes M79 90 mm HEAT

– plusieurs fusils d’assaut polonais avec marquage en arabe fabriqués au cours de la seconde moitié des années 70, que le gouvernement polonais certifie n’avoir exporté que vers cinq pays, dont la Libye.

 

CAR explique que ces armes ont alimenté les insurrections touaregs et islamistes de 2012 au Mali qui ont mené à l’intervention des forces armées françaises dans cette nation d’Afrique Centrale ; que ce stock a permis aux insurgés armés opérant à travers la région du Sahel d’acquérir tant des petites armes que des missiles sol-air portatifs (MANPADS), et aux groupes armés d’obtenir, dès les premier stades de la révolution syrienne, du matériel « dont une partie qui a ensuite rejoint les arsenaux de l’EI ».

 

Toutefois, même si les armes continuent de proliférer en Libye, CAR note que le débit a quelque peu diminué depuis 2014, probablement en partie grâce à l’amélioration des actions d’interdictions menées sur les routes de transit traditionnelles, particulièrement au Tchad et le long des frontières nigériennes et algériennes, mais aussi parce qu’il y a une plus forte demande domestique en Libye.

 

Cela signifie que les approvisionnements en armes proviennent aussi d’autres sources, notamment les fusils d’assaut chinois de type 56-1 qui ont été utilisés dans le centre et le sud du Mali depuis la mi-2015 et qui sont du même type et ont la même année de production que certains fusils que les unités de la protection du peuple kurde syrien (YPG) ont saisis auprès des combattants de l’EI, ainsi que des fusils d’assauts directement importés d’Irak.

 

Les enquêteurs du CAR ont constaté qu’en 2015-16, les groupes affiliés à Al-Qaïda responsables d’une série d’attaques contre des hôtels et des cibles sécuritaires du centre et du sud du Mali, du Burkina Faso et de Côte d’Ivoire « ont utilisé un lot commun d’armes de petits calibres différentes de toutes celles qui avaient été précédemment documentées dans la sous-région ». Il s’agit notamment de fusils d’assauts irakiens et d’un lot de fusils chinois fabriqués en 2011 dont les numéros de série s’intercalent avec les armes saisies par l’YPG auprès de combattants de Daesh en Syrie en 2015.

 

CAR remarque également que « ces résultats indiquent que les groupes islamistes responsables des attaques perpétrées au Sahel possèdent une source d’approvisionnement commune ou constituent une seule cellule. De plus, ils suggèrent l’existence de liens possibles ou des sources d’approvisionnement communes entre les combattants islamistes en Afrique de l’Ouest et ceux qui opèrent en Irak et en Syrie ».

 

Si vous souhaitez consulter la cinquantaine de pages de ce rapport fascinant, vous pouvez le télécharger en suivant ce lien.