Le Sénat souhaite une nouvelle LPM pour 2018

Une patrouille Sentinelle au pied de la tour Eiffel (Crédit photo: SGT Jean-Baptiste T/armée de Terre)

Une patrouille Sentinelle au pied de la tour Eiffel (Crédit photo: SGT Jean-Baptiste T/armée de Terre)

Deux milliards d’euros supplémentaires par an pendant 5 ans, c’est l’augmentation du budget de défense de la France préconisée par les sénateurs Jean-Pierre Raffarin (Les Républicains) et Daniel Reinier (PS) dans un rapport publié ce matin au nom de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. Et les deux sénateurs propose la méthode pour franchir ce cap : « une nouvelle loi de programmation militaire » pour 2018-2023, et « vite ».

 

Selon le duo sénatorial, l’urgence implique de se passer d’un nouveau Livre blanc qui s’avérerait long et fastidieux et de se concentrer sur une « revue stratégique » avant de passer à l’étape LPM dès l’automne 2017. Un programme qui n’est pas sans rappeler les propos du général Palomeros récemment relayés par FOB.

 

Cette future LPM aura pour objectif d’« assurer les rattrapages requis pour les forces conventionnelles avant de faire face au besoin de la dissuasion ». Afin d’éviter tout risque de rupture capacitaire, ce rapport préconise un effort de 2Md€ supplémentaires par an en vue d’atteindre le seuil de 2% à l’horizon 2022. En d’autres termes, il faut atteindre un budget de 42,5 Md€ trois ans plus tôt que le calendrier défendu par le président Emmanuel Macron lors de sa campagne.

 

Pour « fiabiliser la future LPM » et éviter l’impasse budgétaire, les deux sénateurs en appellent donc à un « contrat entre la Nation et son armée », pour que tous les acteurs concernés optimisent leurs ressources propres au bénéfice des armées. Outre une crédibilisation de la courbe budgétaire de la défense et un nécessaire élan politique, Raffarin et Reinier insistent sur la préservation d’une base industrielle et technologique de défense (BITD) nationale qui « représente 21Md€ de chiffre d’affaire annuel, au moins 165 000 emplois directs et indirects (…), et plus de 1 000 entreprises ».

 

S’il est l’un des rares secteurs à présenter une balance commerciale très positive, l’industrie de défense présente néanmoins « certaines fragilités », notamment parmi des savoir-faire très pointus comme l’observation satellitaire ou la cybersécurité. La France doit dès lors fournir l’effort budgétaire susceptible nécessaire pour éviter une érosion de son avance technologique et répondre à l’émergence de technologies de « ruptures ». Une problématique industrielle étroitement liée aux études amont, pour lesquelles il faudra « changer d’échelle » et investir en moyenne 1Md€ par an au lieu des 730M€ prévus annuellement par la LPM 2014-2019.

 

Mais comment lancer la machine tout en diminuant la facture, à l’heure où le ministère des Finances, en gelant 2,7Md€ de crédits sur le budget 2017, tente d’imposer son tempo à la ministre des Armées Sylvie Goulard ? Pour le volet industriel, la réponse tient, selon les deux sénateurs, en un mot : coopération. Appuyée par une ministre des Armées europhile, la France ne peut ignorer l’apparition de leviers européens susceptibles d’alléger la charge financière, particulièrement en matière de R&D. Il s’agit, entre autres, du Fonds européen de la défense, qui sera doté d’un budget annuel de 500M€ à partir de 2020, et dans lequel la France doit « prendre un rôle majeur ». Sans oublier la consolidation des rapprochements industriels préexistants qui, à l’image de la formation du groupe franco-allemand KNDS, doit être soutenue par un accompagnement politique et législatif primordial. Il convient, enfin, de développer de nouveaux axes de coopérations à l’échelle européenne, notamment dans le secteur des drones.

 

Ce rapport, adopté à l’unanimité par la commission, a d’ores et déjà reçu le soutien de la nouvelle locataire de l’hôtel de Brienne. Celle-ci « confirme en effet « l’importance de la montée en puissance des moyens consacrés par la Nation à la protection de la France et des Français, dans un contexte de menaces accrues », avant de confirmer la poursuite des discussions avec les sénateurs Raffarin et Reinier, ainsi qu’avec les parlementaires du Sénat et de la future Assemblée nationale concernant « cette question majeure pour notre pays ».