Le fantassin américain doit surpasser son ennemi au combat

Les combattants au sol américains doivent surclasser tout adversaire potentiel, aujourd’hui et demain, ont déclaré le 11 avril les responsables du groupe de travail américain sur la létalité en combat rapproché. Outre les innovations technologiques, ils trouveront des solutions pour que le temps des warfighters ne soit consacré qu’à un seul objectif : apprendre à tuer.

 

Cpl. Brian Lewis signale un emplacement possible de l'ennemi au Pfc. Josh Ball lors d'une patrouille à pied à Shaway Valley dans la province afghane de Khowst, le 2 juin 2012.   (Photo de l'US Army par le Sgt Staff. Jason Epperson)

Cpl. Brian Lewis signale un emplacement possible de l’ennemi au Pfc. Josh Ball lors d’une patrouille à pied à Shaway Valley dans la province afghane de Khowst, le 2 juin 2012. (Photo de l’US Army par le Sgt Staff. Jason Epperson)

 

Le major-général de l’armée à la retraite Robert Scales a déclaré que la motivation du groupe de travail se résumait à trois chiffres: 90, 4 et 1. 90% des Américains tués au combat sont de l’infanterie, a-t-il noté. Surtout, « Ils constituent 4% du personnel en uniforme et ne reçoivent qu’1% du budget du DOD pour la formation et l’équipement ». Ces 90% avaient déjà été appuyés par le secrétaire à la Défense James Mattis dans une note sur la formation de ce groupe de travail – Close Combat Letality Task Force : « Je suis déterminé à améliorer la préparation au combat, la létalité, la capacité de survie et la résilience des formations terrestres de première ligne de notre nation. Ces formations ont historiquement compté pour près de 90% de nos pertes et pourtant nos politiques de personnel, les progrès des méthodes d’entraînement et l’équipement n’ont pas évolué au même rythme que les technologies disponibles, la science des facteurs humains et les meilleures pratiques de gestion des talents ».

 

Selon Army Times, Scales qui préside la Task Force, n’est pas un militaire à la retraite comme les autres. En 2016 il a publié un livre, Scales on War: The Future of America’s Military at Risk, sorte de feuille de route pour les changements qu’il juge nécessaires à la survie et au succès des forces au combat, et il est également connu pour avoir pris en charge le projet Army After Next qui visait à innover dans le domaine du combat terrestre post Guerre du Golfe. Voilà qu’il est aujourd’hui rappelé à l’âge de 73 ans afin que l’US Army puisse garantir son surclassement dans les années à venir, car selon lui « Les États-Unis maintiennent le surclassement de combat dans toutes les autres parties du champ de bataille – air, mer et espace – mais la petite unité d’infanterie, l’unité la plus susceptible d’être attaquée, est celle qui se rapproche le plus d’un combat équitable avec un ennemi ».

 

Pour Robert Wilkie, sous-secrétaire à la défense du personnel et à la préparation, le succès dans le combat au sol « ne repose pas seulement sur la supériorité technique, mais sur la dimension humaine ». Ainsi aujourd’hui, « rien n’est plus important que de concentrer nos énergies sur le développement et le développement des capacités uniques de la performance humaine », selon Wikie qui précisait que « cela signifie apporter une vigueur nouvelle, renouveler notre sentiment d’urgence et renforcer la létalité de nos unités de première ligne de l’armée et des Marines. »

 

L’une des priorités de la Task Force sera d’examiner comment les services jugent la forme physique des recrues et comment ils la fournissent. En amont, il s’agira peut-être de revoir la sélection des hommes et des femmes appelés à connaître le feu ennemi et dans ce sens, Scales a laissé entendre que les chef de groupe en combat rapproché auront entre 28 et 40 ans et qu’ils devraient d’abord servir dans d’autres emplois avant de rejoindre l’infanterie.

 

En aval « enfin », a demandé Wikie, « comprenons-nous, comme le font nos plus grands leaders sportifs, que le succès vient avec une répétition et un entrainement constants? » Selon lui « les tâches supplémentaires consacrées à la gymnastique, le sable de ratissage, le gardiennage de porte et le ramassage des détritus » sont du gaspillage dans un soucis d’aguerrissement des forces combattantes, celles-ci doivent se concentrer sur l’entraînement au combat. Pour le Military Times, les fantassins seront alors « mieux choisis, équipés, formés et préparés pour leur mission : tuer en combat rapproché« .

 

Wilkie et Scales ont déclaré que le groupe de travail se penchera également sur les armes, les systèmes de protection, les systèmes de communication, les drones, ou encore la doctrine. Sur le volet technologique, Wikie a déploré l’absence dans l’Army de simulateurs semblables à ceux de l’US Airforce et de l’US Navy qui servent à préparer les pilotes et les marins au feu. Selon lui, cette technologie a sa place dans l’armée de terre puisqu’elle contribue à « sauver la vie des hommes ».

 

Si la Task Force est chargée de se pencher sur la question des unités en première ligne, son effort s’inscrit dans un mouvement plus global de modernisation de l’US Army, grande oubliée des budgets passés selon les nouveaux responsables de Washington et du Pentagone. Nous en avons déjà discuté sur le FOB, et au-delà d’une modernisation technologique des équipements sérieusement vieillissants pour la première armée du monde, Mattis réfléchit à tous les moyens pour préparer ses soldats à une possible guerre de haute-intensité, ce qui passe également par le durcissement de la formation des nouvelles recrues.

 

Sur ce mouvement de modernisation, les militaires américains ne mâchent pas leurs mots. Questionné cette semaine sur la création dans quelques semaines du Army Future Commands visant à unifier et raccourcir les processus de modernisation dans l’armée de terre, le chef d’État-Major de l’Army Mark Milley a déclaré que les futurs véhicules blindés américains, premier objectif terrestre outre-Atlanitque, « serviront bien, même contre la Russie et la Chine ».