La Suisse entame le démantèlement de RUAG

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Annoncé mi-mars, le démantèlement du groupe suisse RUAG est désormais enclenché. Le 28 août, le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a été chargé par l’unique actionnaire, le Conseil fédéral suisse, de fonder d’ici la fin du mois d’octobre la société de participation qui conduira la création de deux nouvelles entités indépendantes.

 

D’ici janvier 2020, le groupe suisse deviendra RUAG Holding, une nouvelle structure scindée en deux sous-holdings dirigées séparément. MRO CH (2500 employés), qui restera la propriété de la Confédération helvétique, reprendra les activités servant directement les intérêts du DDPS. Elle proposera en priorité des services liés au MCO des systèmes majeurs de l’armée suisse, tels que les avions de combat. Le segment aérospatial sera quant à lui rassemblé au sein de RUAG International (6500 employés), qui sera à terme privatisé. Les autres secteurs seront provisoirement intégrés à cette seconde entreprise avant d’être revendus. Leur cession devrait rapporter jusqu’à 450M€, une partie des ventes devant par la suite être réinjectée dans le nouveau groupe aérospatial. Ces sous-holdings seront des entités juridiques et financières indépendantes et disposeront de systèmes informatiques distincts. MRO CH sera incorporé au périmètre du DDPS afin de renforcer la sécurité informatique, notamment suite à la cyberattaque de 2016 menée contre RUAG et lors de laquelle 20 Go de données avaient été dérobés.

 

Les semaines à venir s’annoncent donc cruciales pour les filiales françaises placées sous la houlette de RUAG Holding France, que sont RUAG Ammotec France et RUAG Defence France. Rappelons que cette dernière découle historiquement de GAVAP, fournisseur des simulateurs SITTAL et SOTA pour la France. Si l’avenir de ces deux entités n’a pas encore été explicitement établi, la logique industrielle sous-jacente à l’établissement des sous-holdings, de mêmes que les quelques bribes d’informations disponibles confortent le scénario d’une revente. RUAG International, tout d’abord, est en principe appelé à se recentrer sur les activités civiles, éliminant de facto le portefeuille de solutions de défense et de sécurité produites à l’étranger. Selon la presse locale, RUAG Ammotec, majoritairement situé en dehors de la Suisse, sera donc cédé. Ensuite, le groupe suisse a d’ores et déjà confirmé le rattachement de l’unité « Simulation & Training » de la division Defence à RUAG International « car le portefeuille de produits s’adresse principalement à une clientèle internationale », étape préliminaire à une éventuelle rétrocession. RUAG Defence France étant entièrement tourné vers les systèmes d’entraînement et de simulation, sa mise en vente paraît dès lors inévitable.

 

Une perspective inquiétante selon le député LREM Philippe Folliot, qui sonnait l’alerte en juin dernier. « La simulation est très importante pour le maintien des capacités et conditions opérationnelles de nos forces en général et de l’armée de terre en particulier, » déclarait-il lors d’une audition du directeur de la DGA Joël Barre, avant de rappeler que « l’enjeu stratégique est important ». En décembre 2016, RUAG Defence France s’est en effet vu notifier le marché CERBERE en partenariat avec Thales. Un contrat de 89 M€ pour lequel la société albigeoise est chargée de la modernisation de l’instrumentation du CENZUB et du CENTAC et de la fourniture d’équipements de simulation au profit de l’armée de Terre. L’an dernier, l’entreprise remportait un nouveau contrat pour la livraison de 500 systèmes de cibles laser destinées aux unités d’infanterie et de cavalerie. Autant d’éléments dont l’importance aura eu de quoi faire réagir au plus haut niveau, à commencer par le DGA Joël Barre, lequel a promis de se renseigner « pour savoir comment nous pourrions réagir à cette vente par la maison RUAG de l’activité défense France ». Côté suisse, la direction se veut rassurante. « Le changement structurel du groupe n’a aucune incidence sur les contrats, activités de projets ou mandats en cours. Comme d’habitude, les projets des clients suisses et internationaux seront soutenus avec compétence et professionnalisme, » soulignait le groupe suisse lors de l’annonce des résultats pour l’exercice 2018.

 

Cette annonce du Conseil fédéral intervient sur fond de tassement des revenus pour le groupe RUAG. Celui-ci a, entres autres, vu son bénéfice net dégringoler au premier semestre 2019, passant de 23M€ à 3,7M€ en l’espace d’un an. Cette évolution résulte essentiellement de l’appréciation du franc suisse, des coûts extraordinaires découlant de la restructuration ainsi que de la baisse de rentabilité de certaines divisions. Parmi la poignée d’unités enregistrant une évolution positive, notons les bons résultats de RUAG Ammotec, poussés par le secteur des forces armées et de police. « La dissociation du groupe se poursuit comme prévu. Les coûts sont actuellement inférieurs aux prévisions. Nous devons toutefois augmenter constamment et durablement la rentabilité de nos activités opérationnelles et maintenir leur réussite, même pendant la dissociation, » rassurait cependant le PDG du groupe, Urs Breitmeier, dans un communiqué diffusé vendredi dernier.