La dissuasion finlandaise : un « horrible » champ de mines « bondissantes »

Des journalistes finlandais ont rapporté les propos tenus par le ministre de la Défense Jussi Niinisto lors du point presse du 8 mars dernier. Outre les questions-réponses typiques sur l’actualité militaire du pays, Niinisto a annoncé que le pays limitrophe de la Russie développait une nouvelle arme de dissuasion : une mine détonée à distance destinée à décourager les agresseurs potentiels par son « horreur ». D’autres pays porteraient un intérêt certain pour cette technologie.

 

Jussi Niinisto (crédits : Jenni Gästgivar)

Jussi Niinisto (crédits : Jenni Gästgivar)

 

Nous ne nous intéressons que très peu à la Finlande, pourtant ce pays de 5 millions d’habitants qui n’a jamais plié devant ses ennemis continue de juger sévèrement la menace russe : n’étant pas membre de l’OTAN (la moitié des Finlandais seraient cependant favorables à une coopération accrue avec les États-Unis et l’OTAN) il continue de miser sur la determination sans faille de sa population dont chaque nouvelle génération est formée à la maîtrise des armements dans les multiples bases et bunkers qui le composent (service obligatoire pour les hommes, volontaire pour les femmes). Conscientes de leurs faiblesses, les forces armées finlandaises développent plusieurs stratégies pour protéger le pays de ses potentiels envahisseurs, quitte à donner dans « l’horreur ».

 

La dernière idée des responsables militaires, abordée par Jussi Niinisto, serait un « explosif déclenché à distance, qui bondit en l’air et tire des balles en acier ou en tungstène vers le bas ». Historiquement, la Finlande protège ses frontières grâce à un champ de mines terrestres, cependant la Convention d’Ottawa entrée en vigueur en 1999 interdit l’utilisation des mines anti-personnel. Alors, les militaires finlandais, tout aussi ingénieux qu’ils l’étaient lors de la Guerre d’Hiver et qui les avait vu résister à un demi-million de soldats soviétiques, ont eu l’idée de développer une nouvelle arme dissuadant toute entrée militaire hostile sur leurs terres. « Cela donne un bon effet territorial et un effet de dissuasion, ce que l’on appelle l’horreur des mines. C’est actuellement en essai » insistait Niinisto devant les journalistes interloqués. Il espérait également devant eux que cette année puisse être celle de son déploiement.

 

Le journaliste finlandais de Reuters, Jussi Rosendahl, rappelle justement que la Finlande était le dernier pays de l’Union européenne à avoir ratifié la Convention d’Ottawa (en 2011!). Cette ratification fait encore aujourd’hui, et comprenons-le, l’objet de critiques de la part de certains Finlandais qui soutiennent que les mines terrestres seraient indispensables pour défendre les longues frontières du pays. Le pays de Simo Häyä, (« la Mort Blanche » pour les plus connaisseurs ou Belaya Smert), partage une frontière de 1 340 km avec la Russie. Rosendahl rappelle également que les dépenses militaires avaient été logiquement augmentées suite à l’annexion de la Crimée en 2014.

 

Selon un responsable du ministère de la Défense finlandais, la Convention d’Ottawa, dont ni les États-Unis, ni la Chine, l’Inde ou encore Russie ne sont signataires, indiquerait que le déclencheur de la mine doit avoir un contact visuel direct avec l’endroit où il l’a déclenche, alors que les mines qui y sont interdites impliquent des explosifs déclenchés par la proximité ou le contact avec la cible sans autre intervention humaine. Les mines traditionnelles explosent vers le haut ou sur les côtés mais l’impact de cette nouvelle mine « se fait de haut en bas, ce qui rend la protection plus difficile » et peut mettre hors de combat soldats comme véhicules. 

 

Si Niinisto souhaite que la technologie soit développée en conformité avec les conventions internationales (les mines seraient alors déclenchées volontairement et consciemment par des militaires finlandais), Rosendahl explique que le ministre considère tout de même la ratification de la Convention d’Ottawa comme une erreur, celui-ci aurait déclaré que son pays pourrait revenir sur l’interdiction des mines terrestres si une « crise » où « tous les accords » seraient « devenus des papiers insignifiants » l’exigeait.

 

Lors de son échange avec les journalistes, Niinisto a également indiqué que certains pays s’y intéressaient de près à la technologie finlandaise (probablement la Pologne ou la Chine) et qu’il en avait déjà discuté avec plusieurs de ses homologues.