La DGA : premier investisseur de l’État

Laurent-Collet Billon, délégué général de la Direction générale de l’armement (DGA), n’oublié pas son passé de rugbyman, un jeu auquel il se réfère souvent lorsqu’il commente les activités de la DGA. La conférence de presse organisée en début de semaine n’a pas dérogée à cette règle quand, pour expliquer que la DGA « est le premier investisseur de l’État », Collet-Billon a fait remarquer que tout se résumait en fait au « PRP » : possession, rythme et progression dans le jeu, autrement dit la formule magique pour gagner au rubgy.

 

Laurent Collet-Billon, directeur de la DGA, s'adressait à la presse le 6 mars 2017 (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Laurent Collet-Billon, directeur de la DGA, s’adressait à la presse le 6 mars 2017 (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Ce « jeu gagnant » pour la DGA en 2016 est dû en grande partie aux succès engrangés à l’exportation. Même si Collet-Billon n’a pas désiré confirmer le chiffre de 20Md€ de contrats à l’export annoncé le mois dernier par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, la DGA est néanmoins en train de gonfler son équipe export de 300 personnes supplémentaires, dont 70 ont déjà été embauchées. « Nous avons des champions mondiaux, je ne vous fais pas de dessin. Le Rafale se vend, DCNS vend des bateaux, Safran exporte des moteurs et d’autres choses, Thales participe à tout cela de manière forte. Nous avons également une contribution qui est très, très importante du tissu des PME », a souligné le délégué en réponse à une question concernant les exportations.

 

Revenant sur les livraisons effectuées en 2016 au profit des forces armées françaises, pour lesquelles la DGA a déboursé 10,8M€ (contre 11M€ en 2015), Collet-Billon a noté que les six nouveaux hélicoptères Tigre ont porté à 61 le nombre en service dans l’armée de Terre, et que parmi les 11 avions de transport A400M livrés, six sont désormais dotés de capacités tactiques. « Les capacités tactiques de l’avion sont vraiment intéressantes », a-t-il précisé, même s’il faut encore du travail afin de permettre à l’aéronef de larguer davantage de parachutistes. « L’équipe autour de Fernando Alonso [vice-président en charge d’Airbus Military depuis mars 2015] a une écoute et du répondant et je souhaite que ça continue », a-t-il ajouté.

 

D’ailleurs, le 30 mars, les responsables des achats militaires des six partenaires européens de l’A400M (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie et Royaume-Uni) ainsi que l’OCCAR, l’agence européenne en charge du programme pour ces pays, rencontreront la direction d’Airbus à Madrid afin de discuter de l’agencement du contrat. « Mais il faut être d’accord à six nations. Ça pourrait prendre un certain temps », a-t-il suggéré.

La DGA dépense en moyenne 730M€ par an en études amont. Bien qu’il n’ait pas précisé la part consacrée à la future capacité principale de combat terrestre, Collet-Billon a néanmoins dévoilé que la DGA y travaillait « pour [permettre] le retrait du [char] Leclerc à l’horizon 2030 »… ce qui peut sembler lointain, mais n’est que dans 13 ans.

 

Le Leclerc a été conçu et fabriqué par le groupe français Nexter, qui a fondé l’année dernière une co-entreprise baptisée KNDS avec l’Allemand Krauss Maffei Wegmann (plus de détails ici) « Nous attendons les applications pratiques de cette création », expliquait le directeur de la DGA, notamment « en mariant leurs capacités techniques et commerciales ». La principale tâche de KNDS consistera à développer ce futur char « qui sera franco-allemand », déclarait Collet-Billon. « Je parie qu’il aura un châssis et une motorisation allemands, et une tourelle française, mais cela n’engage que moi, bien que je me trompe rarement ! » a-t-il plaisanté.

 

D’après Monique Legrand-Larroche, directrice des opérations de la DGA, près de 680M€ ont été consacrés l’année dernière pour des besoins opérationnels. La DGA a néanmoins gagné 30% sur les prix grace à la concurrence car en appliquant strictement le code du marché public les entreprises sont en compétition.