La Défense indienne prise en main par un super comité

Sous l’impulsion de Narendra Modi, l’Inde veut rompre avec sa dépendance historique aux importations militaires. Si une armée indienne technologiquement autonome n’est pas pour tout de suite, le pays s’attache dès aujourd’hui à ne pas reproduire les erreurs du passé. Stratégie, processus d’acquisition, relations avec les fournisseurs étrangers, nouveau rôle des industriels domestiques : l’Inde se dote d’un « super comité » pour planifier l’équipement des forces et qui reverra de A à Z les politiques antérieures critiquées par les responsables militaires.

 

Les quatre sous-commissions du Defence Planning Commitee indien (Source  : Hindustan Times)

Les quatre sous-comités probables du Defence Planning Commitee indien (Source : Hindustan Times)

 

Dans un contexte de militarisation de la région indo-pacifique, la puissance militaire indienne est consciente des problèmes majeurs qui lui font face et qui pourraient lui être préjudiciables si rien n’est fait maintenant : contraintes budgétaires appelées à se multiplier, mauvaise politique d’acquisition d’armement qui cause des défaillances dans l’équipement des forces, dépenses faramineuses à l’étranger ne profitant que trop peu à l’industrie locale qui a pourtant tant à offrir etc; tout doit être revu pour que l’Inde reprenne sa défense nationale en main et puisse faire face aux grandes puissances voisines.

 

C’est en tout cas le pari du gouvernement de Narendra Modi qui a annoncé cette semaine la création d’un Comité de planification de la Défense (Defence Planning Committee : DPC). Ce nouveau mécanisme institutionnel, créé en tant qu’organe permanent, vise à « faciliter une planification globale et intégrée des questions de défense ».

 

Sous la direction de Ajit Doval, le John Bolton indien, le DPC pilotera la stratégie militaire du pays et guidera les acquisitions de matériel de défense dans un soucis d’accélération de celles-ci. Dans ce sens, il devra établir trois feuilles de route : la première visera à la création d’un « écosystème de fabrication de défense », la deuxième servira de stratégie pour stimuler les exportations de défense, conformément aux souhaits de Modi à travers la stratégie du Make In India, et la troisième établira les plans prioritaires pour le développement des capacités.

 

Le système actuel – basé sur un Chef d’État-major centralisateur ou plutôt jongleur entre les demandes des différents services – ayant été jugé insuffisant pour assurer la rigueur nécessaire au processus de planification, par le DPC l’Inde tendra vers une planification globale sur le long-terme prenant en compte « les impératifs de la politique étrangère », la doctrine militaire future et les priorités budgétaires qui en découlent.

 

Sur le court-terme, cette politique d’acquisition rationnelle fera progresser la coordination entre les services trois armées en composant avec le ministère chargé du budget et les « agences civiles », pour raccourcir les délais d’acquisition (en accélérant le processus décisionnel). Sur le long-terme c’est elle qui déterminera l’essor de l’industrie de défense locale puisqu’elle la favorisera pour développer des programmes d’armement futurs puis peut-être de les exporter et proposera des investissements dans les technologies futures. Bref, des missions qui nous rappellent celles de la Direction Générale de l’Armement.

 

Pour déterminer la planification de l’équipement des forces, le conseiller à la sécurité nationale sera épaulé par le secrétaire principal du Premier ministre, trois chefs des forces armées et leur Chef d’État-major, le secrétaire à la Défense, ainsi que le secrétaire aux Affaires étrangères et le secrétaires aux dépenses. Également, quatre sous-comités devraient être formés pour tabler sur les quatre axes définis par le gouvernement : « politique et stratégie »; « plans et développement des capacités »; « diplomatie de défense »; et « écosystème de fabrication de défense ».

 

Chargé de soumettre ses rapports à la ministre de la Défense Nirmala Sitharaman, le DPC devrait se réunir une première fois peu après le retour de Doval d’Allemagne le 21 avril prochain.