La Chine s’avance à Djibouti

Ancienne colonie française, Djibouti représente toujours actuellement une position stratégique pour la France, à la jonction de la Mer Rouge et du Golfe d’Aden, un des passages maritimes les plus fréquentés au monde. Depuis les accords de 1977, signés au moment de l’indépendance du pays, la France maintient une présence permanente à Djibouti. Le contingent stationné à Djibouti est le plus important déploiement français permanent en Afrique. Une des unités les plus emblématiques à y être stationnée était la 13ème demi-brigade de Légion étrangère. Était car, en juin 2011, l’unité change de format et s’installe aux EAU. Aujourd’hui, les effectifs à Djibouti tournent autour de 1 900 hommes, dont 1 400 permanents. Djibouti accueille beaucoup d’unités temporairement, dans le cadre de cours d’aguerrissement par exemple.

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Cérémonie de départ de la 13e DBLE, à Djibouti (©FFDj)

Durant toute la période allant de son indépendance jusqu’aux années 2000, les relations militaires entre la France et Djibouti étaient pratiquement exclusives. On le constate bien en regardant le matériel mis en ligne par l’armée de Djibouti. Après son indépendance, celle-ci a reçu quantité de matériel d’origine française (AMX-13, AML-60/90, hélicoptère alouette II, avion de transport Noratlas, armes légères,…). Dans la décennie 80, d’autres matériels français sont venus compléter les inventaires : VBL, mortiers de 120mm, hélicoptères Fennec… Dans le même temps, il est intéressant de constater que très peu de matériels étrangers ont été reçus par Djibouti, hormis quelques BRDM-2 et BTR-60 irakiens. À partir de 1990, le soutien matériel à Djibouti se tarit et, au début des des années 2000, différents matériels sont acquis : des BTR-80 russes, des Casspir sud-africains, des Ratel-90, des hélicoptères de combat et de transport d’origine russe.

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Ratel-90 en service dans l’armée de Djibouti

Avec le début de la guerre en Afghanistan et du conflit global que mènent les États-Unis contre le terrorisme, le pays sûr qu’est Djibouti représente, pour de nombreuses nations, une position intéressante. C’est ainsi que les Allemands y installent des éléments de liaison et que les Américains y fondent le Camp Lemmonier, une base expéditionnaire (la seule base américaine permanente en Afrique) qui accueille la Combined Joint Task Force – Horn of Africa (groupe de forces interarmées – Corne de l’Afrique).

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Le Camp Lemmonier est la première base permanente américaine sur le continent africain (©Stars and Stripes)

Avec le développement de la piraterie au large de la Somalie, Djibouti prouve une fois de plus son importance stratégique et attire d’autres nations. Les Espagnols installent un petit contingent mais c’est surtout la présence japonaise, la première outre-mer depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui est remarquée. Ceux-ci y installent deux avions de patrouille maritime P-3C Orion.

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Un P-3C japonais sur la base de Djibouti (©CTF 151)

Une autre puissance asiatique avance ses pions à Djibouti. Cela fait de nombreuses années que la Chine s’intéresse à l’Afrique. Elle investit des sommes considérables dans de nombreux pays. Elle se place également comme une intéressante source de matériel à un prix défiant toute concurrence et joue de cela comme d’un outil de diplomatie. Des véhicules blindés chinois sont maintenant en service au Bénin, au Burundi, au Cameroun, au Tchad, au Congo, en Ethiopie, au Gabon, au Ghana, au Kenya, au Maroc, en Namibie, au Niger, au Nigeria, au Rwanda, au Soudan, en Tanzanie et en Zambie (pour ne parler que de véhicules blindés). Certains d’entre eux connaissent l’épreuve du feu contre Boko Haram.

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Un PTL-02/WMA301 en service dans l’armée camerounaise combatant Boko Haram

Un pays de plus semble avoir succombé aux sirènes chinoises. Lors d’une parade militaire ayant eu lieu le 27 juin, Djibouti a surpris le monde en faisant défiler un chasseur de char sur roues WMA301 d’origine chinoise. Ce véhicule armé d’un canon de 105mm vient compléter et renforcer la flotte de véhicules de combat de Djibouti uniquement équipée de vieux AML-90 et Ratel-90. Aucune information n’a fuité sur cette vente (ou sur ce don). Ce que l’on sait en revanche, c’est que la Chine négocie pour installer sa propre base à Djibouti. La Chine finance déjà de grands projets d’infrastructure dans le pays. L’Afrique occupant une place très importante pour la Chine, importance qui ne fera que s’accroitre dans le futur, disposer d’une base militaire à Djibouti représente un enjeu essentiel pour l’empire du milieu. La présence d’un véhicule blindé chinois dans les rangs de l’armée djiboutienne, qui ne sera surement pas le seul, semble indiquer que la Chine progresse dans ses négociations. Il ne serait pas étonnant que l’on apprenne bientôt un accord entre les deux pays.

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Le WMA301 dévoilé par Djibouti lors de la parade du 27 juin (©Forces armées de Djibouti)

On peut se demander si la France n’a pas mal joué en se détournant quelque peu de l’Afrique, qui était pourtant une zone d’influence privilégiée, et en laissant ainsi la place à d’autres pays, tel que la Chine. Certes la France reste un acteur politique incontournable, que ce soit au Sahel ou en Centrafrique, mais attention à ne pas rater le coche économique. L’Afrique dispose d’importantes ressources naturelles qui seront un enjeu du 21ème siècle. Les Chinois l’ont bien compris. La France doit profiter de ses avantages (historiques, culturels, linguistiques…). Fournir à nos partenaires africains les moyens de se protéger est une bonne façon de tisser des liens durables et de nouer des alliances. En ce sens, l’organisation du prochain salon de défense africain Shield Africa par l’équipe d’Eurosatory peut être un atout pour l’État et les industriels français.