L’Alat en Libye

La Libye aura été une opération militaire couronnée de succès, qui a pris fin il y a tout juste quelques semaines. FOB revient sur l’engagement de l’armée de terre française et vous fait revivre ces sept mois d’opérations. Apportant une contribution majeure, l’ALAT, l’aviation légère de l’armée de terre a été en première ligne.

 

 

1ère partie

Un premier objectif pour l’Alat : vendre son savoir-faire

 

Un peu plus d’un mois s’écoule entre la décision d’utiliser les hélicoptères de combat dans le cadre de l’opération Harmattan, et le premier raid de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT), dans la nuit du 3 au 4 juin 2011. Un mois consacré à la montée en puissance du Groupe Aéromobile (GAM) sur le BPC Tonnerre et à l’attente des Britanniques qui prennent du retard dans leur propre mise en place. Mais aussi un mois pour convaincre l’armée de l’Air et l’Otan des possibilités offertes par les hélicoptères et l’aérocombat tel que le pratique l’ALAT.

 

Au début du mois de mai 2011, la campagne aérienne piétine. L’aviation a traité les objectifs stratégiques majeurs et les forces kadhafistes se sont adaptées aux bombardements : utilisation de véhicules légers « civils », dispersion dans des zones péri-urbaines ou de facto placées hors de portée par les règles d’engagement de l’aviation. Face à ce qui apparaît pour certains comme une impasse, l’intervention des hélicoptères proposée conjointement par la France et la Grande-Bretagne est vue comme un moyen de faire sauter un verrou et faire basculer la campagne du bon côté.

 

Dans un premier temps, l’Otan cache bien son enthousiasme face à la proposition franco-anglaise. Pour l’état-major de l’opération « Unified Protector», l’hélicoptère de combat pose plus de questions qu’il offre de réponses. Quelle plus-value va-t-il réellement apporter sur le terrain ?  Le risque de perdre un appareil, ou pire, d’avoir un équipage capturé, ne dépasse-t-il pas de très loin les avantages tactiques attendus ? Au sein de la coalition, beaucoup craignent également de ne pas avoir de contrôle direct sur ces appareils menés par des cow-boys qui viendraient piétiner les plates-bandes d’une belle opération aérienne…

 

Il est vrai que le scénario présenté par l’Alat ne manque pas d’audace : interventions par les nuits sans lune, imbrication très grande dans le dispositif ennemi, évolutions tactiques très près du sol, tirs au canon, à la roquette et au missile, en allant chercher les cibles une par une, où qu’elles se trouvent. Il s’agit clairement d’un combat d’infanterie conduit à quelques mètres du sol. Pour des planificateurs ayant eu affaire jusque là à des avions évoluant au-dessus d’un plancher de sécurité de plusieurs milliers de pieds, le choc doctrinal est rude.

 

L’Alat se lance donc dans un travail didactique auprès des centres de commandement de l’Otan. Des instances où elle est très mal connue, mais qu’elle connaît mal également. Un colonel de l’Alat fait le tour des popotes à Naples et Poggio Renatico pour expliquer les capacités du Helicopter Strike Group (HSG) français qui vient d’être mis en place. Les premiers devant être briefés sont les généraux français « Senior French Representative » à l’Otan. Passage obligé avant tout démarrage de la campagne Alat, les officiers de liaison sont mis en place pendant la deuxième quinzaine du mois de mai auprès des centres de planification et de commandement de l’Otan. Pour beaucoup d’officiers généraux, français ou étrangers, la découverte des capacités de l’Alat est totale. 

 

Mais la position de l’Alat est d’autant plus difficile à vendre que dans le même temps, le HSG britannique est placé directement sous les ordres du Joint Air Force Command (JFAC) de Poggio Renatico. De fait, l’Army Aviation britannique se lie les mains et s’engage à répondre aux sollicitations précises du JFAC commandant l’ensemble des moyens aériens sur zone. On le verra, les hélicoptères Apache britanniques utiliseront un mode opératoire finalement assez peu éloigné des avions de combat : intervention contre des objectifs désignés (deliberate targeting) et utilisation d’une altitude plancher élevée (plusieurs milliers de pieds) pour se mettre hors de portée des armes légères. La situation de l’ALAT est plus nuancée, puisque si le JFAC contrôle l’engagement du HSG français, l’insère dans l’ATO (Air Tasking Order, ou planification globale des opérations aériennes) il ne le commande pas directement : les Français ont exigé, et obtenu, une « cockpit delegation ». En clair, les équipages se voient assignés des cadres généraux pour les missions, ils sont bien insérés dans la guerre menée par l’Otan dans la troisième dimension, mais une fois entrés sur la zone des combats, ils sont pleinement autonomes dans le choix des cibles et leur traitement. Les lieutenants et capitaines chef de bord des Tigre et Gazelle peuvent analyser le terrain, le fouiller, trouver les cibles et les détruire de leur propre initiative comme ils le feraient s’ils étaient au sol.

 

« Si nous n’avions pas eu cette cockpit delegation, nous ne serions pas allés au combat, nous serions rentrés à la maison » glisse un colonel qui a participé de près à la campagne. Le fait que le général canadien Charles  Bouchard, nommé à la tête des opérations de l’Otan, ait été un pilote d’hélicoptère a sans doute aidé la France a décrocher cette option.

 

Les premiers raids prévus pour le 27 mai sont finalement reculés d’une semaine : les Britanniques ne sont pas encore prêts et pour l’affichage politique, il est important que les deux HSG interviennent simultanément, même s’ils agissent en totale indépendance l’un par rapport à l’autre. Le premier raid intervient finalement dans la nuit du 3 au 4 juin. Cette première mission est observée très attentivement du début jusqu’à la fin par tous les acteurs de l’opération « Unified Protector ». L’ALAT a joué gros et elle a gagné la première manche…

A suivre…