Galileo, instrument de souveraineté européenne

Le sujet ci-dessous a été rédigé à partir de l’article de Michel Iagolnitzer, premier président de l’autorité d’homologation de sécurité du GNSS européen, paru dans le magazine des ingénieurs de l’armement n° 110 (lien : http://www.caia.net/page/517/la-revue)

 

Au travers du système Galileo, les institutions européennes sont sur le point de doter l’Union européenne et ses Etats membres d’un outil emblématique d’autonomie stratégique.

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La constellation Galileo

 

Selon la Commission européenne, 6 à 7% de l’économie européenne est dépendante de la disponibilité des signaux de navigation et le marché pour les services de navigation par satellite représentera 250Md€ vers 2022. Galileo présente donc un enjeu majeur pour l’économie.

L’autre enjeu majeur constitue bien évidemment celui des usages militaires. Le statut dual du système a été consacré sur le plan légal dès la décision 1104/2011/UE du 25 octobre 2011 du parlement et du conseil européens. Celle-ci fait de Galileo un outil de souveraineté non seulement pour l’Union européenne mais aussi pour chacun de ses Etats membres. Compte tenu des enjeux, la France a offert les infrastructures du centre principal de sécurité Galileo au sein d’un camp militaire à Saint- Germain-en-Laye.

Les Etats-Unis ont vite contesté l’utilité de Galileo, sur fond de manœuvres diplomatiques illustrées depuis lors par Wikileaks. Lorsque l’Europe a découvert que même l’allié américain n’offrirait aucune garantie crédible aux stations sol qu’elle envisageait de déployer sur son territoire, elle a compris que la souveraineté de son système passait par un redéploiement vers des territoires européens qui, fort opportunément, bénéficient via les DOM-TOM d’une répartition quasi-mondiale. L’émergence de la nouvelle politique spatiale de l’administration Obama, plus ouverte à la coopération et consciente de la vulnérabilité des infrastructures spatiales, ainsi que l’effort de sécurisation de Galileo ont changé la situation vers une coopération constructive. Mais rien n’exclut qu’une prochaine administration ait une approche plus distante et moins amicale envers l’Europe [NDLR : ce texte a été rédigé avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche).

Dans le même temps, l’ambition européenne de coopération internationale la plus large pour Galileo s’est heurtée aux réalités stratégiques. Au titre de l’accord Chine/UE de 2003, de nombreux échanges techniques ont été opérés au regard de la contribution chinoise envisagée. Mais l’Empire du Milieu a en réalité développé son propre système global Beidou (COMPASS). Concurrent économique, il venait apporter de plus un paramètre malvenu à certaines problématiques stratégiques.

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Un satellite Galileo déployé

Par ailleurs, comme pour toutes les grandes infrastructures mondiales sensibles ces dernières années, il s’est avéré que le développement du système Galileo avait été la cible de tentatives de cyberattaques d’ampleur. Dans ce contexte, les institutions européennes ainsi « déniaisées » ont dû opérer en quelques années une révolution copernicienne vers la maîtrise des problématiques liées à la souveraineté, qui passent par la sécurité au sens large : sécurité d’approvisionnement par la maîtrise de technologies et d’une base industrielle critiques, contrôle du transfert de celles-ci, protection des sites et des réseaux, mise en place de mécanismes de contrôle et de commandement réactifs, pour ce qui est le plus vaste système de niveau « Secret UE », déployé dans le monde et dans l’espace.