Les forces terrestres japonaises, acteur central des secours aux populations

 Les opérations post-tsunami, mars – septembre 2011

Le 11 mars 2011, la côte Nord-Est du Japon est frappée par un séisme de force 9 sur l’échelle de Richter, suivi d’un tsunami dévastant la côte Pacifique. Près de 13 % du territoire japonais est touché, dont la centrale nucléaire de Fukushima, et un accident nucléaire de gravité comparable à celui de Tchernobyl survient. En réponse immédiate à cette catastrophe, le Japon mobilise le jour même, et pour une durée de quatre mois, l’équivalent de neuf divisions et brigades, soit plus de 100 000 hommes, dont les deux-tiers appartiennent aux forces d’autodéfense Terre japonaises (GSDF). Leur déploiement réalisé en 72 heures durera jusqu’à septembre 2011.

La réussite des opérations de secours conduites par les forces d’autodéfense japonaises tient certes à l’exceptionnelle résilience de la population japonaise, culturellement et historiquement orientée et préparée à réagir aux effets des catastrophes naturelles, mais surtout à l’efficacité de forces militaires réparties de façon  homogène sur le territoire japonais et essentiellement dédiées aux opérations intérieures.

Les enseignements majeurs tirés soulignent d’abord la nécessité d’anticiper la disparition potentielle dans la catastrophe de tout ou partie de la chaîne décisionnelle de l’administration civile. En dépit d’une posture stratégique et de modes d’action adaptés et maîtrisés pour répondre efficacement à une crise sur leur territoire, les Japonais ont dû ajuster leurs procédures de coordination politico-militaire.

L’intervention militaire sur le territoire national met en lumière la nécessité de disposer de bonnes capacités d’appui au commandement et de savoir-faire liés à la coordination des postes de commandement. Les forces terrestres disposent seules des moyens et des compétences indispensables pour garantir la continuité du travail gouvernemental. Pour mémoire, en France, dans le cadre du « plan NEPTUNE » (planification de l’intervention militaire sur Paris en cas de crue), une mission essentielle de l’armée de Terre consisterait à fournir des moyens de liaisons, en appui du commandement, civil et militaire, des opérations.

Par ailleurs, cette mission d’ampleur rappelle le besoin crucial de disposer d’une capacité significative de moyens de transport tactique intra théâtre, d’hélicoptères de manœuvre et d’engins du génie. Face aux ravages causés par une catastrophe naturelle, aux destructions des infrastructures et aux entraves à la mobilité, les forces terrestres deviennent un contributeur central de moyens spécialisés, notamment dans les domaines de l’appui au mouvement, de l’aéromobilité et de l’agencement de l’espace terrestre.

Enfin, en réaction à une catastrophe naturelle majeure, l’aide internationale est le plus souvent très volumineuse, rapide et bénéficie d’un appui médiatique important. Mais, revers de cette générosité, pour être véritablement efficace sa gestion doit être planifiée et maîtrisée.

Les leçons retenues des opérations de 2011 au Japon confirment que l’engagement des Armées, et notamment des forces terrestres, au profit des populations lors de catastrophes naturelles optimise considérablement l’efficacité et la réactivité des secours, particulièrement lors des premiers jours de la crise.

L’efficacité particulière des forces d’autodéfense japonaises tient au fait qu’elles sont structurellement en mesure d’être engagées sur très court préavis et dans la durée. La quasi totalité de leurs moyens est en effet disponible sur le territoire national japonais et apte à répondre à des crises cumulées, de nature différente et requérant des réponses multiples.

L’efficacité des forces terrestres japonaises repose surtout sur leur autonomie capacitaire dans les domaines dimensionnants du transport tactique, de l’aéromobilité ou du génie et sur leur disponibilité, favorisée, il est vrai, par un  très faible taux d’engagement hors des frontières.