FOB Interview : Pierre Bayle sur la réforme de la DICoD (2ème partie)

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Seconde et dernière partie de l’interview de Pierre Bayle (relire la première partie ici), nouveau responsable de la DICOD sur la réforme de la communication défense.

 

Le projet Balard prend du retard mais conserve son actualité, est-ce que cela va changer quelques chose pour votre direction ?

Le projet Balard n’a pris du retard que dans la progression, mais le but ultime de l’installation des principales fonctions centrales du ministère à l’échéance de l’été 2015 n’a pas changé. Pour la DICOD et les SIRPA d’armée et de service, la date d’arrivée est toujours prévue à l’été 2015, il n’y a pas eu d’évolution. En revanche il s’agit de vérifier que cette co-localisation des acteurs de la communication au niveau central soit bien prévue et organisée dans les schémas actuels d’implantation, pour garantir le succès de l’étape suivante de la réorganisation, qui est la recherche de mutualisations des équipes et moyens.   

 

La presse traditionnelle est en crise, les réseaux sociaux ont en parallèle pris une importance grandissante, le paysage médiatique est en plein bouleversement. Quelles sont pour vous les nouvelles contraintes et comment les abordez-vous ?

Je redécouvre ici le paysage bouleversé que j’ai eu l’occasion de bien découvrir comme communicant d’entreprise, avec les vulnérabilités spécifiques des sociétés cotées en bourse et soumises à la pression médiatique, obligées de réagir dans l’instant pour éviter des chutes spectaculaires en Bourse. Tous les jours se confirme l’accélération du flux médiatique, la confusion des périmètres et la disparition des frontières traditionnelles entre catégories de médias, la déstabilisation des médias eux-mêmes du fait de l’irruption de tous les canaux de l’information instantanée et non vérifiée. La défense a été en pointe il y a vingt ans dans le développement de son site défense.gouv.fr, nous nous efforçons aujourd’hui d’affirmer notre présence dans la blogosphère et d’apprivoiser de nouveaux médias comme Twitter, qui se révèle un outil très utile. Nous apprenons de nos erreurs, et nos expérimentations sur Facebook nous rendrons plus efficaces même sur les outils plus traditionnels comme le site institutionnel.      

 

Dès l’ouverture du théâtre malien, plusieurs centaines de journalistes ont débarqué sur place, dont forcément de nombreux déçus. Comment avez-vous géré cet afflux ? Quelles sont les leçons qui peuvent être tirées de ce conflit sur l’aspect communication ?

Le théâtre malien est immense, avec des élongations de 1500 à 2000 km entre la capitale et les zones des combats à l’est et au nord-est, ce qui ne facilitait pas l’accès des journalistes sans recours aux moyens militaires. De plus les contraintes opérationnelles très fortes dans un déploiement initial aussi rapide nous ont amené à ne pas compromettre la sécurité des troupes en évitant cette irruption massive dont vous parlez. Malgré tout, dans des conditions géographiques, climatiques et de sécurité assez tendues, le maximum a été fait pour faciliter l’accès des médias sans compromettre ni la sécurité des soldats, ni évidemment celle des journalistes. Pour les six premiers mois de l’opération Serval, nous avons accueilli 529 journalistes de 327 médias différents, ce qui est considérable, et nous en avons transporté plus de la moitié en avion à travers le théâtre d’opérations. Simultanément, nous avons fourni aux médias des centaines de photos et de bandes-éléments vidéo réalisées pas nos propres opérateurs pour fournir la couverture la plus complète possible des événements. Enfin des points de situation ont été fournis à l’occasion de chaque point de presse hebdomadaire de la DICOD, complétant ainsi la chaîne de la communication opérationnelle. La principale leçon est ainsi qu’en mettant en place dès le premier jour un dispositif d’officiers de presse et d’opérateurs d’image sur le terrain, avec fourniture en base arrière de briefings et d’images, on réalise le meilleur compromis possible entre les contraintes de sécurité opérationnelle et les exigences des médias.      

 

Photo: Pierre Bayle et son nouvel adjoint, le général Barrera, qui a commandé l’opération Serval au Mali (photo prise le 13 juillet dernier quand le président malien l’a décoré du Mérite malien) / DR