FOB Interview : Michèle Alliot-Marie. Première partie.

mamMaire de Saint-Jean-de-Luz depuis 1995, Michèle Alliot-Marie a été ministre de la Jeunesse et des Sports de 1993 à 1995 puis, successivement et sans interruption, ministre de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères de 2002 à 2011.

 

Vous avez fait preuve d’une très grande longévité au poste de ministre de la défense. Comment vient on à occuper ce poste ?

Je suis resté en poste au ministère de la Défense cinq ans et deux mois, entre 2002 et 2007. Je crois que seul Pierre Messmer a fait mieux que moi (NDLR : Pierre Messmer a été ministre des Armées de février 1960 à juin 1969). Je n’ai jamais demandé de maroquin, que ce soit pour ce ministère ou pour les autres. J’ai eu la chance que l’on me propose ces postes. Lors de ma première nomination à la Défense, j’étais présidente du RPR et il était logique que l’on pense à moi pour un ministère « régalien ».

 

Vous vous y attendiez ?

Jacques Chirac, qui est alors président de la République, m’appelle à Saint-Jean-de-Luz (NDA : Michèle Alliot-Marie est maire de la commune depuis 1995). Il me dit qu’il pense à moi pour un grand  ministère et évoque la Défense, au sein du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Je lui ai alors demandé comment réagiraient les militaires à la présence d’une femme à la tête du ministère. Il m’a répondu que je me débrouillerais très bien…

 

Quelle était votre expérience du monde militaire ?

Comme député, j’avais longuement siégé à la commission des Affaires étrangères et aussi, deux ans à celle de la Défense. Je connaissais bien le volet stratégique des affaires militaires. La difficulté pour moi était d’absorber rapidement les problématiques liées à l’industrie militaire et accesoirement aux grades. Quand on n’a pas fait de service militaire, il faut aussi apprendre à les reconnaître… A Saint-Jean-de-Luz, je voyais surtout des généraux et des amiraux. Je savais faire la différence entre un lieutenant et un colonel… En dessous j’étais un peu dans le flou…

 

Quel a été votre premier chantier ?

Un de mes premiers devoirs a été de preparer de la loi de programmation militaire pour les années 2003 à 2008, le précédent projet avait été élaboré par la majorité de gauche et mon prédécesseur, Alain Richard. Et comme je le rappelle avec une certaine fierté, cette loi de programmation 2003-2008 reste la seule à ce jour qui ait été complètement exécutée.

 

C’est un peu paradoxal une loi qui n’est pas appliquée ?

Une loi de programmation militaire sert à prévoir les investissements pour les 6 ans à venir : c’est une garantie qui est donnée au ministère de la Défense à l’égard de Bercy. C’est très important parce que les programmes d’armement se déroulent sur de nombreuses années. Il faut pouvoir s’engager auprès des industriels sur le paiement des matériels commandés. Mais depuis l’origine de la loi de programmation militaire jusqu’en 2002, puis à partir de 2008, on a toujours rogné sur les crédits à l’occasion des lois de finance annuelles parce qu’il y avait d’autres priorités. Ce qui se traduit en général par des renoncements ou des retards dans les commandes.

 

Comment avez-vous fait pour éviter cela ?

Les discussions sur la loi de finance annuelle forment un  processus s’étalant sur plusieurs mois. Il y a toujours un « delta » entre ce que veulent les militaires et ce que peut le ministère du budget. La négociation se fait en montant progressivement dans la hiérarchie  jusqu’à en arriver en dernier arbitrage au président de la république. La personnalité du ministre compte beaucoup dans ce processus. J’ai tenu pendant toutes ces années au respect des engagements, ce qui m’a valu des accrochages musclés avec le ministre de l’économie et des finances de l’époque, Nicolas Sarkozy. J’ai obtenu en arbitrage que mon budget annuel respecte la loi de programmation.

Que pensez vous du psychodrame qui a entouré la rédaction puis la publication du dernier Livre blanc ?

Le scénario catastrophe qui était évoqué dans les média était celui de Bercy.  C’est classique : Bercy estime que le ministère de la défense est une variable d’ajustement et permet des coupes faciles dans ses crédits. Probablement que la communication qui a été faite autour du Livre Blanc a aussi eu pour objet de faire très peur avant sa publication pour ensuite créer un effet de soulagement…

 

Quel est votre analyse de ce Livre blanc ?

On parle de stabilité, mais la réalité est bien différente : les crédits sont maintenus en euros courants, ce qui signifie qu’avec l’inflation, ils vont baisser en euros constants. Sur six ans, la diminution induite sera même assez considérable. Quand j’ai quitté le ministère de la défense en 1987, nous étions à 1,87% du PIB. A la fin de la prochaine loi de programmation militaire, nous serons vraisemblablement descendus à 1,35%. Et encore, à condition que cette loi soit respectée ! Je vous rappelle que l’Allemagne sera cette année à 1,70% de son PIB. Que le budget de la défense serve de variable d’ajustement est un vrai problème pour les armées et les industriels.