FOB Interview : Médecin en chef Angot. 2ème partie.

 

 

Quels sont les moyens mis en place pour l’opération Serval au Mali ?

 

Au plus fort de l’intervention, nous avions déployé jusqu’à 20 postes médicaux (rôle 1). Nous sommes aujourd’hui redescendus à 17. La montée en puissance s’est faite en parallèle à celle des troupes combattantes et la décroissance suivra le même principe… Nous avons également trois « rôle 2 » sur le territoire malien. Pour les évacuations sanitaires, nous pouvons très rapidement armer des Puma de l’Alat (3 équipes dédiés actuellement) et un Casa 235 est équipé en permanence. Il peut être complété par un deuxième appareil de ce type.

 

Comment se déroule une évacuation ?

 

Qu’il s’agisse d’un accident ou d’une blessure au combat, un blessé est pris en charge dans les premières minutes. Les premiers gestes sont assurés par des auxiliaires sanitaires. Le relai est ensuite passé très rapidement au médecin des forces et la régulation des évacuations dépend de l’équipe de coordination médicale au sein du PC tactique.

Si je prends l’exemple de l’AMX 10RC qui a sauté sur un engin explosif le 16 mars dernier, les survivants étaient gravement blessés et tous les trois en priorité élevé. L’évacuation en hélicoptère vers l’antenne chirurgicale a été immédiatement décidée, tandis que la métropole était prévenue et mettait en pré-alerte deux Falcon médicalisés. Les trois hommes ont rejoint Gao en hélicoptère, puis Bamako en Casa. De là, ils ont été récupérés par les Falcon qui les ont ramené en France. 25 heures après avoir été blessés, ils étaient admis au centre des brûlés de Percy.

 

Quel est le bilan sanitaire de l’opération Serval ?

 

A ce jour (2 mai) un peu plus de 160 personnes sont rentrées en France pour raison médicale, dont une quinzaine de cas graves ayant nécessité un rapatriement en Falcon. Les autres sont repartis en utilisant principalement les Airbus de l’armée de l’Air. Les missions dans les Ifoghas ont entrainé de nombreuses blessures légères et nous avons notamment utilisé un Airbus A310 de l’escadron Esterel pour rapatrier d’un seul coup 33 patients, dont quelques blessés couchés. On peut en mettre jusqu’à sept dans l’Airbus A310.

 

Le retour en France est systématique, même pour les blessés légers ?

 

Oui, et cela tient au nombre de patients, aux conditions difficiles sur place, aux élongations sur le théâtre. En Afghanistan, nous avions souvent la possibilité de soigner les gens dans les FOB et de les garder sur place au repos pendant quelques jours. Au Mali il n’y a pas de FOB, pas d’infrastructures solides sur lesquelles se replier. Le retour en métropole est donc la solution la plus adaptée…

 

A quels types de blessures a du faire face le SSA au Mali ?

 

Un quart des patients présentaient des pathologies courantes (maladies au sens large du terme, infections, déshydratation, coliques néphrétiques …). Une moitié concernait des blessures reçues en opération (traumatismes directement liées au combat ou bien aux déplacements en zone de combat). Le dernier quart rassemblait des troubles psychiatriques liés à l’engagement opérationnel.

 

Est-ce ce que les anglo-saxons appelent le PTSD (Post Traumatic Stress Disorder), en français le « trouble de stress post-traumatique » ?

 

Non, c’est plus simplement du stress lié au combat. Le PTSD se déclare à distance, après le retour à la vie normale, et tous les patients souffrant de troubles sur le terrain ne développent pas un PTSD, loin s’en faut ! Il n’en demeure pas moins que nous devons prendre en charge très rapidement le stress lié au combat. Dans beaucoup de cas, une prise en charge précoce et quelques jours de repos peuvent permettre de poursuivre la mission et d’éviter une évacuation vers la métropole.

 

Illustrations :

On trouvera sur les deux planches ci-dessus l’évolution du dispositif du SSA pendant l’opération Serval entre février et mars 2013. Les chiffres indiquent les postes médicaux « rôle 1 » présents dans le pays à ces dates là. On y comprend que le service de santé accompagne la progression des troupes et adapte en permanence son dispositif.