FOB Interview : capitaine Brice Erbland, pilote de Tigre. 2ème partie.


La construction de votre livre est assez inhabituelle et évite la trame chronologique traditionnelle…

 

Le découpage thématique m’est rapidement apparu comme une évidence. Je ne voulais pas raconter ma vie. Mon but était simplement de présenter ce que l’on vit et ce que l’on ressent en opération. Et quand j’ai commencé à y réfléchir, les premières idées qui me sont venues portaient sur la mort, la peur, le commandement… Simultanément, je commençais à noter sur le papier des exemples de combat. Mais ces récits ne servent qu’à illustrer un propos plus général…

 

Avez-vous bénéficié de conseils ?

 

François Malye, qui dirige cette collection aux Belles Lettres, a travaillé avec moi sur le manuscrit. Ses remarques ont rejoint celles d’un ami écrivain : tous les deux m’ont expliqué que les poèmes que j’avais écrit et que je pensais insérer dans le texte étaient inutiles et pouvaient rebuter le lecteur. Ils m’ont également demandé d’expliquer un peu mieux la formation du pilote ou encore ce que l’on peut ressentir quand on quitte sa famille.

 

Le livre est il passé entre les fourches caudines de l’Alat avant sa publication ?

 

Le manuscrit une fois terminé, je l’ai fait lire au colonel Auriault qui l’a ensuite fait valider à l’Etat-Major des Armées. C’est une procédure de bon sens pour un officier d’active qui évoque des opérations très récentes… Le manuscrit m’a été rendu sans qu’une seule virgule ait été changée.

 

Quel bilan tirez-vous de votre expérience en Libye ?

 

J’ai réalisé 17 missions de combat à bord de cet appareil, avec à la clef 70 véhicules détruits. L’appareil s’est remarquablement comporté, même si il a parfois été frustrant de ne pas disposer de missiles air-sol. C’est une lacune qui sera corrigée avec le HAD. En Afghanistan, l’emploi du canon permet de faire face à toutes les situations opérationnelles. Mais en Libye, j’avoue que j’aurais bien décoché deux ou trois missiles dans quelques circonstances particulières, notamment face à des chars lourds. Les Gazelle Viviane ont finalement très bien fait le travail…

 

Comment percevez-vous le rôle de l’Alat dans ces derniers conflits ?

 

Je crois que ce qui a vraiment changé, c’est l’intégration encore plus prononcée de l’Alat dans les opérations de l’armée de Terre. En Afghanistan, le bataillon hélicoptères s’est imposé dans la manœuvre : si les hélicoptères n’étaient pas disponibles, et en particulier pour les appui feux, la mission au sol ne se faisait pas. En Libye, l’Alat a montré qu’elle pouvait mener des actions que personne d’autre ne pouvait réaliser. Avec la question des élongations très élevées, le Mali confirme cette importance des moyens aéromobiles…