Expodefensa: VRP en treillis

L’armée de Terre parmi les meilleurs représentants de l’industrie de défense française ? Sans aucun doute. Eurosatory, IDEX, AUSA… et, pour la première fois, Expodefensa, organisé la semaine dernière à Bogotá (Colombie) : les Terriens participent activement à la promotion des savoir-faire français, tant opérationnels qu’industriels. De la caserne aux allées des salons de défense, nous sommes partis à la rencontre de ces « VRP en treillis ».

 

Un soldat du 27BCA présente le système Félin a un homologue colombien

Un soldat du 27BCA présente le système Félin a un homologue colombien

 

« Faire rayonner l’armée de Terre à l’étranger et contribuer au soutien à l’export des industriels français », tel est le credo poursuivi depuis plus d’une décennie par l’état-major de l’armée de Terre (EMAT), nous explique le commandant Laure du SIRPA Terre. Une double mission dont la réussite repose sur « un savant mélange de communicants, d’opérationnels et de techniciens », nous dit-on. Autrement dit, des membres du SIRPA Terre, du 27e bataillon de chasseurs alpins (27BCA), des Forces armées en Guyane (FAG) et de la STAT dans le cas d’Expodefensa.

 

« Notre présence prend tout son sens lorsqu’elle permet de prouver directement que le matériel est satisfaisant », nous explique-t-on. Ici, nul discours commercial mais un langage technique précis, clair, rapide, de soldat à soldat, à l’occasion épaulé par le commandant François, officier de la Légion étrangère rattaché à la STAT. Afin de mieux faire face à l’avalanche de question, « il faudra certainement renforcer l’information technique à l’avenir », estime le commandant Laure.

 

Le hasard faisant bien les choses, car « l’autre grande tendance concerne la Légion », révèle le sergent Thibault, chef de section du 27BCA, unité sélectionnée pour ce salon. Plus d’une dizaine de fois par jour, ses hommes répondent aux requêtes des soldats, mais aussi des parents désireux d’y envoyer leur enfant, « preuve que le mythe fonctionne à plein », s’amuse le commandant Laure.

 

Ambiance décontractée donc, mais la prudence reste de mise. Peu rompus à cet environnement particulier, les militaires sélectionnés sont en effet briefés en amont sur l’armée colombienne, sur Bogotá, sur ce qu’on attend d’eux et, forcément, sur « ce qu’est un salon d’armement », détaille le commandant Laure. Soumis au devoir de réserve, il leur est également demandé de ne pas donner d’opinion politique, philosophique ou religieux, au risque de froisser leurs homologues. De même, hors de question de parler des engagements français à l’étranger, il convient avant tout de « s’exprimer sur ce qu’ils maîtrisent parfaitement : le matériel et son utilisation, leur entraînement, leur unité ». Le tout, avec une approche optimiste. Il est logiquement exclu d’évoquer un matériel défectueux et préconisé de présenter « un équipement en constante amélioration », nous précise-t-on.

 

Suivant le contexte, les soldats sont en outre susceptibles de passer entre les mains du DRSD, dont les briefings spécifiques aident à prévenir le risque d’espionnage et les dangers spécifiques au pays visité, « une question de bon sens », explique le commandant Laure, elle-même régulièrement « approchée par de pseudo-journalistes » (dont le pays d’origine commence souvent par R et fini par E).

 

Le stand de l'armée de Terre, logiquement noir de monde

Le stand de l’armée de Terre, véritable « aimant commercial » pour les industriels français

 

Preuve de l’importance croissante des salons d’armement pour l’EMAT, la gestion de cette tâche, jusqu’alors confiée à un chargé de mission occasionnel, est devenue en août 2017 l’une des prérogatives de la section évènements-promotion-édition, aujourd’hui dirigée par le commandant Laure. Cette unité dépend directement du Bureau coopération bilatérale/SOUTEX (soutien aux exportations), lui-même soumis à l’officier général en charge du pôle « relations internationales » (OGRI) de l’EMAT, le général de brigade Jérôme Lockhart.

 

Côté industriels, cette présence de l’armée s’inscrit dans « une logique gagnant-gagnant, on y voit notre intérêt en appuyant sur le RETEX opérationnel », explique François Mattens, directeur de la communication du GICAT. Une stratégie qui tend à se développer, mais qui dépend néanmoins « du fragile alignement des planètes entre l’EMAT, les conditions du salon et les industriels », ajoute Mattens.

 

Mais le SOUTEX a également un prix, car si les industriels participent aux coûts, ceux-ci restent en grande partie à la charge des armées. Un partage inégal du fardeau financier datant de 1983, soit bien avant que la France n’atteigne le top 3 des pays vendeurs d’armes. De même, rien n’est prévu dans la LPM actuelle concernant les modalités de retour des opérations « une fois les objectifs d’exportation atteints et largement dépassés », rappellent les sénateurs Jean-Marie Bockel et Christine Prunaud dans un avis sur la LPM 2018 fait au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. « Des efforts devraient sans doute être faits (dans la prochaine LPM) afin que les armées obtiennent ainsi une sorte de « retour » compensant les coûts induits des exportations d’armement »demandent-ils.

 

À deux pas de nous, le stand de l’armée de Terre est noire de monde et de jeunes soldats colombiens poussent des cris d’admiration en découvrant le bandeau ostéophonique du système Félin, preuve que le SOUTEX, que son financement évolue ou non, a encore de beaux jours devant lui.