ECA fait collaborer ses robots

Si les UAV et les drones terrestres, ou UGV*, n’ont certainement plus aucun secrets pour vous, qu’en est-il néanmoins de la coopération entre UAV et UGV ? Il s’agit du nouveau défi auquel s’attaque le groupe français ECA, spécialiste de la robotique depuis près de 50 ans. ECA est l’une des rares sociétés en mesure de développer des plateformes automatisées adaptées à tous les environnements : sur et sous la surface de l’eau, sur terre et dans les airs. « Nous sommes donc dans une position idéale pour faire les faire coopérer car nous détenons toutes ces technologies », explique Bernard Ponsot, directeur activités robotiques terre & air. ECA conçoit chaque élément de ses robots, y compris les circuits électroniques, qui sont ensuite assemblés en France.

 

Les robots aérien et terrestre collaborent pour une mission (Crédit photo: ECA Group)

Les robots aérien et terrestre collaborent pour une mission (Crédit photo: ECA Group)

 

Il y a quelques semaines, ECA a démontré comment un UAV peut être utilisé en conjonction avec un robot terrestre afin de réfuter le principe selon lequel « aucun robot n’est un homme à tout faire », comme l’expliquait Bertrand Darras, conseiller militaire & défense pour ECA.

 

« Il peut réaliser une ou plusieurs de ces tâches », précise Darras, mais pas toutes en même temps « donc nous avons besoin de plus d’un robot ». Au cours de cette démonstration, l’UAV IT 180 (ou DroGen), déjà éprouvé au combat, s’est occupé des tâches d’observation tandis que le robot terrestre Iguana gérait la mission d’identification. Tous deux étaient dirigés par une seule et même personne.

 

L'Iguana examine l'intérieur du véhicule suspect (Crédit photo: Christina Mackenzie)

L’Iguana examine l’intérieur du véhicule suspect (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Le scénario choisi consistait à vérifier si une voiture apparemment abandonnée et située hors du champ de vision de l’opérateur présentait un danger quelconque. L’IT 180 a donc survolé la voiture, renvoyant un flux d’images en temps réel vers l’opérateur. Grâce à ces vidéos, l’opérateur étant en mesure de « conduire » l’Iguana vers la voiture jusqu’à ce que ses deux caméras couleur EO/IR prennent le relais et deviennent les « yeux » de l’opérateur pour vérifier si le véhicule contient un colis suspect.

 

L'Iguana est équipé d'un jet d'eau à très haute pression (Crédit photo: Christina Mackenzie)

L’Iguana est équipé d’un jet d’eau à très haute pression (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Le bras manipulateur de l’Iguana présente une portée verticale de 2,8 m et une portée horizontale pouvant aller jusqu’à 1,8 m, lui permettant, par exemple, de jeter un coup d’œil à la cabine d’un camion. Tout élément suspect aurait ensuite été détruit par le jet d’eau à haute pression de l’Iguana.

 

Un opérateur peut simultanément contrôler l'UAV et l'UGV (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Un opérateur peut simultanément contrôler l’UAV et l’UGV (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Cette mission aurait été impossible sans le flux vidéo de l’IT 180 car, non content de guider l’opérateur, l’UAV a ensuite permis la surveillance de toute activité douteuse autour du véhicule.

L’IT 180 a été modifié à la suite des leçons tirées de l’opération Barkhane en Afrique centrale, où il est déployé depuis juin dernier, ajoute Darras. « Ils l’apprécient beaucoup en opération car ils peuvent observer toute la zone, il est rapidement mis en place [pas besoin d’outils, tout se branche ou s’accroche], et en raison de sa configuration, il peut opérer malgré un vent et une chaleur qui immobiliseraient d’autres UAV », a-t-il déclaré.

 

Le flux vidéo envoyé en temps réel par le DroGen permet à l'opérateur de voir ce que le drone fait et de garder un oeil sur la zone d'opération (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Le flux vidéo envoyé en temps réel par le DroGen permet à l’opérateur de voir ce que le drone fait et de garder un oeil sur la zone d’opération (Crédit photo: Christina Mackenzie)

Interrogé sur ses atouts par rapport aux systèmes pouvant être déployés par un unique soldat, lorsque les 25 kg du DroGen nécessitent d’être transportés dans trois caisses, Darras soutient que « les systèmes portatifs ne restent pas en l’air aussi longtemps, les caméras ne sont pas aussi efficaces, on ne peut leur attribuer de points de passage, ils sont sensibles au vent et ne couvrent pas une zone aussi large ». DroGen peut opérer dans des vents allant jusqu’à 60 km/h.

 

De son côté, Ponsot a tenu à ajouter que l’UAV ne peut être contrôlé par un pirate informatique, mais pour des raisons évidentes, n’a pas expliqué comment. Néanmoins, si le signal de l’opérateur est perdu, DroGen grimpera automatiquement de 50 m pour tenter de rétablir la connexion et, en cas d’échec, atterrira ensuite.

 

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L’IT 180, ou DroGen, utilise ses hélices contrarotatives pour voler sous un plafond maximal de 3 000 m bien qu’il a déjà atterrit à une altitude de 4 500 m. Il présente une vitesse maximale de 70 km/h. (Crédit photo: Christina Mackenzie)

 

L’IT 180 avait à l’origine été acquis par les forces françaises pour le théâtre afghan, où le défi résidait dans la nécessité de contrôler les routes susceptibles de cacher d’éventuels IED (engins explosifs improvisés). De nombreuses versions ont été développées depuis lors, transformant l’unique modèle en une réelle famille de systèmes. Les IT 180-30, IT 180-60, et IT 180-120 ont une autonomie respective de 30, 60 et 120 minutes et peuvent tous voler sous des températures atteignant 40°C et, bien que le modèle 60 puisse fonctionner à une température minimale de -20°C, les deux autres sont eux limités à -10°C. Les modèles 30 et 60 peuvent porter des charges utiles de 3 kg, tandis que l’IT 180-120 emporte jusqu’à 5 kg.

* Unmanned ground vehicle