Démonstration de force de l’industrie russe

Plus de 2,8Md$ : c’est le montant total des contrats et autres intentions d’achats signés la semaine dernière lors du salon Army 2017, révélait le 24 août le vice-ministre de la Défense russe, Yuriy Borisov. Organisé au Patriot Park de Kubinka, à l’ouest de Moscou, cette troisième édition a atteint des records pour l’industrie de défense russe qui, boostée par l’intervention en Syrie, enregistre une hausse de 43% de ses ventes par rapport à l’édition précédente.

 

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« Vingt-trois contrats d’États et trois accords supplémentaires ont été signés avec 17 industriels de défense […] pour un montant total de 170 milliards de roubles [2,895Md$] », précisait le 24 août le vice-ministre de la Défense russe, Yuriy Borisov.

 

À elle seule, la société d’État Rostec, qui rassemble 11 entreprises de défense majeures, se taille la part du lion avec près de 683M$ de contrats signés la semaine dernière. Rostec renforce par la même occasion sa base commerciale et développe son portefeuille client, principalement en direction de l’Asie et de l’Afrique. Ainsi, les quelques contrats détaillés concernent notamment la vente de systèmes de défense aérienne Pantsir-S1 à la Guinée équatoriale et d’hélicoptères de transport Mi-171Sh au profit du Burkina Faso.

 

« Nous avons pratiquement réussi à surmonter les sanctions imposées par l’Europe et les États-Unis », nous expliquait le PDG de Russian Helicopters, Andrey Boginsky. « Nous gardons d’ailleurs de bons liens avec Thales et Safran, qui fournissent déjà des systèmes aux diverses entités de Russian Helicopters », ajoutait Boginsky. Après avoir failli leur tourner le dos suite aux sanctions européennes interdisant les contrats militaires, Safran semble désormais pleinement investi dans les différents projets civils de l’hélicoptériste, notamment les Ka-226T proposés en Iran. De son côté, Boginsky certifie que sa « relation avec monsieur Petitcolin [PDG du groupe Safran] est excellente ».

 

Mais la grande majorité des ventes concerne l’achat de munitions guidées, la plupart ayant prouvé leur valeur sur le terrain syrien, explique Borisov. Car la clef de la nouvelle stratégie commerciale russe, c’est la guerre en Syrie. Loin du front, l’intervention russe sert aussi et surtout de vitrine commerciale aux différents groupes industriels. Leur armement est désormais éprouvé au combat et se modernise grâce aux précieux retours d’expérience, tout en restant attractif vis-à-vis des pays dont le budget de défense reste limité.

 

Le pick-up UAZ, un nouveau-venu dans le parc motorisé russe

Le pick-up UAZ, un nouveau venu dans le parc motorisé russe

 

Mais l’expérience syrienne a également abouti à l’apparition de systèmes inédits, notamment dans le parc militaire russe. Citons, par exemple, la présentation par l’armée russe d’une famille de pick-up UAZ lourdement armés. Robuste, simple et peu onéreux, ces véhicules destinés aux forces spéciales ne sont pas sans rappeler le Hilux de Toyota, plateforme fétiche des groupes terroristes.

 

Fini le marasme des années 1990, l’industrie de défense russe est à nouveau solide, créative, tournée vers l’export et activement soutenue par le ministre de la Défense russe Sergueï Choïgou, résolument investi dans un rôle de VRP qui n’est pas sans rappeler un certain ex-ministre français de la Défense. De quoi, in fine, consolider la place de la Russie dans le trio de tête des nations exportatrices d’armement et, pourquoi pas, déjouer les scénarios annoncés en continuant à devancer la France dans les prochaines années.