Comment Zodiac transforme son ZH1300 en « couteau suisse »

Exit l’embarcation semi-rigide basique limitée à l’association d’une coque, d’un tube et d’un moteur. Leader mondial du segment, Zodiac Milpro envisage plus que jamais de faire du ZH1300 Interceptor, dernier-né de la gamme, un véritable « couteau suisse » à destination des unités de police ou de type FORFUSCO.

 

Le ZH1300 Interceptor de Zodiac Milpro en démonstration dans les eaux malaysiennes (Crédit photo: FOB)

Le ZH1300 Interceptor de Zodiac Milpro en démonstration dans les eaux malaysiennes (Crédit photo: FOB)

 

C’est au large de la Malaisie, sur l’île de Rebak, que Zodiac Milpro a décidé de convier une poignée d’unités spéciales locales pour un séminaire entièrement consacré au ZH1300 Interceptor. L’occasion pour l’industriel centenaire de dévoiler les partenariats qui lui permettront de proposer le parfait équilibre entre modularité, stabilité, réactivité, vitesse et puissance de feu. MBDA, FN Herstal, Volvo Penta, DCI, Seakeeper, etc.: Zodiac a su s’adjoindre quelques pépites pour présenter une solution customisable selon les besoins de l’utilisateur final.

 

Dévoilé en 2018 au Qatar, l’Interceptor repose sur une carène en aluminium de type Mach 2 (Military Air Channeled Hull 2), conçue pour réduire les frottements et assurer une meilleure stabilité. Vecteur nativement multimissions, cette embarcation est dotée de consoles duales, d’un pont reconfigurable et d’une capacité d’emport de 600 kg. Ses quatre moteurs Mercury Verado 2 de 350 ch autorisent une vitesse maximale de 60 noeuds, pour un rayon d’action de 400 nm. Voilà pour les spécifications de base.

 

Le portefeuille capacitaire du ZH1300 va en réalité bien au delà de ces quelques chiffres, à commencer par l’intégration du MMP de MBDA, annoncée durant Euronaval 2018. La campagne d’évaluation réalisée en octobre 2018 sur l’ECUME de la Marine nationale l’a démontré: le MMP est en effet parfaitement adapté aux « missions de lutte contre des navires hostiles ou encore pour des missions littorales contre des défenses côtières ou des véhicules blindés, notamment en soutien d’un débarquement de petites unités ou de forces spéciales », précisait alors MBDA.

 

« Il n’existe pas d’expression de besoin spécifique dans la région [ASEAN], mais la question de l’intégration sur de petits patrouilleurs rapides est devenue récurrente depuis les essais en mer », nous confirme MBDA. Prospecter dans la région ASEAN est d’autant plus pertinent que celle-ci se constitue d’une myriade d’îles et est située au coeur d’un des couloirs maritimes les plus denses de la planète. La piraterie, voire un terrorisme larvé, y sont bien présents, tous deux susceptibles de menacer les grandes routes commerciales. Le MMP s’avère dès lors être un instrument de choix lorsqu’il faudra lutter contre « des agresseurs armés de RPG et déployés sur de petits bateaux rapides, ce qui était d’ailleurs l’inquiétude principale de la Marine nationale à l’origine des essais sur l’ECUME », nous explique MBDA. Monté sur une tourelle téléopérée ou sur une griffe, « le MMP n’est pas destiné à rester des semaines sur le bateau. Il n’est installé qu’en cas de nécessité, pour des missions de courtes durées ». « Nous avons désormais rattrapé, voire dépassé, nos principaux concurrents sur le sujet, que sont le Javelin et le Spike », se félicite MBDA. Un constat en partie appuyé par un tir d’essai réalisé l’an dernier à plus de 5km de la cible. Un record pour lequel « il nous a fallu forcer la rupture de la fibre optique, limitée à 4km, et laisser le missile finir sa trajectoire grâce à l’autodirecteur », ajoute le missilier.

 

Outre le MMP, Zodiac envisage l’intégration d’une tourelle téléopérée Sea deFNder, développée par FN Herstal. Proposée dans sa version 12,7 mm, ce tourelleau prendrait logiquement la place de la griffe avant, le tireur récupérant alors l’une des deux consoles disponibles derrière le poste de pilotage. Seul hic: la disposition sur l’avant de l’embarcation, de loin la moins stable et limitant considérablement l’angle de tir. FN et Zodiac envisagent en conséquence d’installer le tourelleau sur le toit de la cabine pour gagner en élévation et tirer pleinement partie des capteurs optiques tout en autorisant le tir à 360°. « À condition de régler d’évidents problèmes d’équilibre et de renforcement des structures » pour qu’elles puissent soutenir les 250 kg que pèse la Sea deFNder, nous confie un représentant de Zodiac. Ce dernier pourra néanmoins se reposer sur l’expérience acquise auprès du client de lancement du ZH1300, la « New Jersey State Police », dont l’un des desideratas impliquait l’installation d’une cabine fermée pour l’équipage.

 

Le ZH1300 Interceptor de Zodiac Milpro en démonstration dans les eaux malaysiennes (Crédit photo: FOB)

Le ZH1300 Interceptor de Zodiac Milpro en démonstration dans les eaux malaysiennes (Crédit photo: FOB)

 

L’oscillation du navire, surtout ressentie à basse vitesse, reste néanmoins un obstacle, tant pour la stabilité des systèmes d’armes que pour l’équipage, potentiellement sensible au mal de mer. Pour y remédier, Zodiac a tout simplement récupéré une technologie développée dès le 19e siècle et depuis longtemps adoptée par les pêcheurs et plaisanciers: le stabilisateur gyroscopique. Un secteur niche dans lequel l’Américain SeaKeeper détient 80% des parts de marché, soutenu par une explosion récente des ventes, avec plus de 2000 systèmes vendus pour la seule année 2018.

 

Le principe, relativement simple, repose sur la rotation d’une « toupie » à plus de 10,000 tours/minute dans un caisson installé à l’intérieur du bateau. En utilisant l’effet gyroscopique, loi fondamentale de la mécanique voulant qu’en l’absence de couple appliqué à un solide en rotation, celui-ci conserve son axe de rotation invariable, le système est capable d’éliminer jusqu’à 80% du roulis. Autrefois extrêmement massifs donc réservés aux grandes embarcations, ces « gyros » profitent depuis peu d’une miniaturisation accélérée rendue possible par leur installation dans un boîtier étanche sous vide. Ces conditions spécifiques permettent au système de tourner beaucoup plus vite et d’accumuler davantage de puissance dans un espace limité. Le Seakepeer 3 installé sur l’Interceptor, par exemple, présente un volume équivalent à celui d’un micro-ondes.

 

Mieux armé, plus stable, le ZH1300 sera également plus rapide avec l’introduction d’une nouvelle gamme de moteurs grâce au rapprochement entrepris avec le motoriste Seven Marine. Longtemps restée confidentielle, l’entreprise de Germantown (Wisconsin) profite désormais de son rachat par Volvo Penta en 2017 pour s’ouvrir à l’international et fournir un réseau de soutien à l’échelle mondiale. Sa gamme propose trois des moteurs les plus puissants du marché, développant de 527 à 627 chevaux de puissance. Un potentiel « coup de punch » qui permettra en outre à l’utilisateur de diminuer le nombre de moteurs nécessaires pour réduire l’empreinte logistique tout en conservant une puissance et une allonge identiques.