Celtic Uprise 2019: Seconde prise de température côté belge

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9h00 du matin aux environs de Cerfontaine (sud-ouest de la Belgique). Après une phase de reconnaissance nocturne, un peloton du bataillon 1/3 de Lanciers de la Composante Terre belge s’élance à l’assaut du campement ennemi installé au fond de la carrière de Beauchâteau. Quinze minutes plus tard, le plastron est neutralisé, le site fouillé et les blessés stabilisés en attente d’une évacuation par Piranha ou par hélicoptère A109. Cette mécanique bien rodée, c’est l’un des scénarios de « Cordoned Search » réalisés par les sous-groupements tactiques (SGTIA) français et belge au cours de l’exercice binational Celtic Uprise 2019, premier grand rendez-vous du partenariat CaMo.

 

Lancé le 18 septembre avec la traversée de la Meuse par les colonnes belge et française, Celtic Uprise se poursuit depuis lors sans réelle anicroche, soulignait ce matin le lieutenant-colonel Jacky Cabo, actuel commandant de la Brigade Motorisée. « Je félicite avant tout les équipes qui ont planifié et continuent à exécuter les différentes manoeuvres, de même que les militaires qui permettent d’assurer la logistique quotidienne des forces engagées, » nous déclare-t-il. Loin des tirs à blanc, fouilles de bâtiments et autres missions d’appui, de petites équipes s’agitent dans l’ombre pour s’assurer que la machine ne se grippe pas. Malgré un déficit en personnel, les unités logistiques belges remplissent parfaitement le « contrat » établi avec le partenaire français: fournir un ravitaillement continu et simultané sur les deux points d’appui. À eux seuls, les 222 militaires du contingent belge basé à Cerfontaine requièrent l’approvisionnement quotidien de 6 à 8 m³ d’eau, d’une cinquantaine de pains pour le petit-déjeuner et de 50 kg de chou et 40 kg de pomme de terre pour le menu d’aujourd’hui. Autant de produits frais que les quatre seuls cuisiniers présents sur site parviennent à traiter en temps et en heure, malgré les fluctuations constantes de l’horaire.

 

« Le deuxième point positif, ce sont ces interactions entre belges et français qui marchent plutôt bien, » se félicite le lieutenant-colonel Cabo. Même son de cloche du côté du chef d’orchestre de l’exercice, le major Jean-Marc du bataillon de Chasseurs ardennais, pour qui les premiers retours sont également positifs « aussi bien au niveau de la coopération avec nos homologues français que concernant le déroulé de l’exercice ». L’interopérabilité, bien que n’étant pas totalement acquise, a su se construire entre les différents échelons de commandement, de la compagnie à la brigade. Que ce soit en termes de doctrine, de méthodes de travail ou de techniques de combat et de procédures, « on se rend compte qu’il y a en réalité très peu de différences entre les armées belge et française, » souligne le lieutenant-colonel Cabo. Les interactions entre français et belges auront été tout particulièrement prégnantes au niveau des appuis, en particulier avec les unités EOD, d’artillerie et d’évacuation médicale. « Des exercices communs entre les TACP du bataillons d’artillerie de Brasschaat et les observateurs avancés du 68e régiment d’artillerie d’Afrique ont été réalisés au sein d’un scénario plus large. Ceux-ci sont d’ailleurs sortis du schéma établi en amont pour créer de toute pièce un nouveau scénario et aller au maximum de leurs capacités, » indique le major Jean-Marc. À plus grande échelle, une scénario de « Cordoned Search » aura vu l’intégration réussie d’un peloton français au sein du SGTIA belge. Une séquence similaire est prévue pour demain matin, cette fois sous leadership français. D’après le chef de la Brigade Motorisée, « le pas à franchir ne sera donc en rien insurmontable, ce qui est extrêmement encourageant ».

 

Le bataillon 1/3 de Lanciers, fer de lance du SGTIA belge déployé pour Celtic Uprise 2019

Le bataillon 1/3 de Lanciers, fer de lance du SGTIA belge déployé pour Celtic Uprise 2019

 

« Maintenant, nous avons effectivement du passer par quelques ‘finesses techniques’ pour parvenir à réaliser au mieux cette interopérabilité, » concède-t-on du côté belge. Le principal défi reste celui de l’alignement des systèmes d’information et de communication, l’une des pierres angulaires du programme CaMo. Là encore, Celtic Uprise aura permis de détecter les écueils à surmonter d’ici la prochaine édition, en 2021. Les spécialistes belges du 4e Groupe CIS de Marche-en-Famenne ont notamment du mettre en place une « passerelle informatique » entre les différents systèmes de communication pour permettre aux structures de commandement belges de pouvoir interagir avec le SGTIA français. Cela a permis dans un premier temps d’assurer les communications vocales avec le partenaire français. « Par contre, nous n’arrivions pas, du moins au début, à nous mettre en phase au niveau du Blue Force Tracking, » explique le lieutenant-colonel Cabo. Après deux jours d’exercice, les spécialistes CIS sont finalement parvenus à implémenter le BFS français dans son équivalent belge, le système ELIAS. Si les informations du SGTIA français remontaient dès lors correctement jusqu’au poste de commandement belge, il demeurait cependant impossible pour ce dernier d’envoyer des ordres dans le système français. Les militaires sont donc revenus à la bonne vieille méthode de l’officier de liaison, dans ce cas-ci français, travaillant au sein du poste de commandement et équipé des moyens nécessaires pour interagir avec la compagnie française. « Nous n’en sommes qu’au tout début de la construction de cette interopérabilité, il y a donc forcément quelques ratés que nous devons compenser avec les moyens du bord, » concède le major Jean-Marc.

 

D’autres petits imprévus seront par ailleurs survenus au sein même des unités belges. De fait, leurs moyens de communication reposent essentiellement sur le réseau cellulaire 4G, les liaisons satellitaires étant exclusivement réservées au personnel déployé en OPEX. Ce qui n’a pas été sans causer certains tracas aux troupes dont l’action se déroule parfois dans des zones « blanches » totalement dépourvues de couverture réseau. « Il faut donc s’adapter provisoirement et, parfois, revenir à la radio VHF, » nous explique-t-on. « Ce genre d’accroc ne devrait plus arriver à l’horizon 2025, lorsque les investissements consentis pour CaMo auront été matérialisés et que nous disposerons de nouveaux systèmes de communication, dont la radio CONTACT, » prédit le lieutenant-colonel Cabo.