Bonne Armée 2018

 

Rarement une année (de 8 mois) aura été si mouvementée pour le ministère des Armées. Tout a commencé par un nouveau nom qui semblait annoncer une perte de missions au profit du Quai d’Orsay de Jean-Yves Le Drian, la presse n’hésitant pas à user du mauvais jeu de mot de la « ministre désarmée ». Il était vrai que Sylvie Goulard allait rapidement être remplacée, et que la nouvelle ministre Parly avait tout à prouver. Quel pire contexte pour faire ses premiers pas ! Il fallait savoir composer avec un ministre sortant expérimenté et apprécié, désormais très influent à la tête Affaires étrangères, avec un président de la République véritable chef des Armées, avec un budget trop bancal et trop léger, et avec un grand général, chef d’État-Major des armées (CEMA), qui s’affichait en désaccord avec ces deux derniers. Il fallait se battre avec Bercy pour quelques centaines millions cruciaux, et s’entendre avec un nouveau CEMA, le général Lecointre et un nouveau délégué général pour l’armement, Joël Barre. Enfin, il fallait gérer les opérations extérieures de la France, au Sahel et au Levant, tout en travaillant rigoureusement sur les dernières problématiques militaires : Europe de la défense, réserve nationale, budget de l’OTAN, etc.

On ne peut néanmoins qu’applaudir les efforts réalisés en 2017, mais qu’en sera-t-il pour cette année? 

 

(Crédits photo : Ministère des Armées)

(Crédits photo : Ministère des Armées)

 

Rappelons en premier lieu que le budget des armées a été porté pour 2018 à 34,2 Md€ de crédits, soit une hausse de 1,8 Md€ par rapport à la loi de finances 2017 et qu’une nouvelle loi de programmation militaire (2019-2025) doit être adoptée durant ce premier semestre 2018. Prenant acte de la Revue Stratégique publiée à l’automne 2017, la future LPM détaillera les moyens alloués aux forces armées, avec l’objectif affiché d’un effort de défense équivalent à 2% du PIB d’ici 2025. Ses principaux objectifs ont déjà été présentés par le Minarm :

1- Consolidation des armées après des années de sous-investissement et de fort engagement opérationnel

2- Préparation de l’avenir

3- Soutien des hommes et des femmes du ministère des Armées

Pour Parly, qui avait obtenu le dégel de 700M€, « ceci nous permet d’aborder l’année 2018 de manière très solide » et « il faut s’en féliciter ». Cette « remontée en puissance » permettra alors de réaliser, on l’espère, les nombreux travaux qui attendent le Minarm cette année et que nous allons présenter ici.

 

Il faudra tout d’abord s’assurer de la commande des équipements nécessaires aux armées. Dans la PLF 2018 qui détaille ces dépenses urgentes, on retrouve entre autres la commande de 3 avions ravitailleurs MRTT Phénix, 1200 VLTP NP, 8000 fusils HK416 F, 20 blindés Griffon, 1 SNA Barracuda et la rénovation de 50 chars Leclerc ainsi que celle de 55 Mirage 2000D.

 

Autre mission prioritaire de Mme Parly, la modernisation des équipements. Cette modernisation, à la charge de la Direction générale de l’armement (DGA), se fera par le biais de l’innovation et de la numérisation; l’effort d’innovation devant être porté à 1Md€ dans la LPM. Pour la DGA, il s’agira également « d’améliorer la conduite des projets d’investissements afin qu’ils correspondent et s’adaptent mieux aux besoins des forces armées » et de mettre l’accent sur « la réduction des coûts et des délais ». Concrètement, le nouveau délégué général pour l’armement devra remplir deux objectifs en 2018 : revoir des processus d’acquisition de matériels beaucoup trop longs au goût de Parly et présenter « des mesures pour renforcer, soutenir et promouvoir nos projets à l’exportation ».

 

Dans cette course à la réduction des coûts, Parly prendra tout particulièrement en charge les problématiques du MCO puisqu’elle a présenté en décembre dernier un plan de modernisation du MCO aéronautique prévu à cet effet. Côté terre, le chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT), le général Jean-Pierre Bosser, auditionné le 11 octobre 2017 par la commission de défense de l’Assemblée, présentait la mise en oeuvre du projet MCO-terre 2025 comme l’une des priorités de 2018. Ce projet « repose sur un nouvel équilibre entre la maintenance réalisée par des acteurs étatiques et la maintenance par l’industrie privée, qui doit passer d’un ratio de 90 %-10 % à un ratio de 60 %-40 % ». Dans ce sens, une partie des 506M€ alloués par la PLF 2018 à l’entretien programmé des matériels terrestres servira à financer ce projet. Il s’agit d’une démarche rationnelle visant à distinguer la maintenance opérationnelle, celle des « petites pannes » par exemple, de la maintenance industrielle, pour tendre vers une meilleure implication des industriels concernés. Rappelons qu’en 2015 le taux de disponibilité des véhicules de l’avant blindé (VAB) n’était que de 46%.

Il faut alors souhaiter à l’armée de Terre qu’elle obtienne une accélération du programme Scorpion (modernisation des chars Leclerc, production des véhicules blindés multi-rôles Griffon et des engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar), son aboutissement devant permettre d’atteindre un taux de disponibilité de 80% pour les futurs blindés.

 

Ces efforts de rationalisation et de modernisation permettront de soutenir au mieux les opérations extérieures de la France dont les dispositifs seront revus cette année. Nous savons déjà que deux Rafale quitteront le Levant suivis d’autres retours en métropole, tels que les CAESAR de la TF Wagram. L’actuel CEMA, annonçait en novembre dernier que les forces françaises au Levant entraient dans une « une nouvelle phase » et qu’il allait « étudier comment rester efficaces, mais au moindre coût possible ». Dans ce sens, l’opération Barkhane, elle aussi, « change de visage », comme l’affirmait Parly lors de son déplacement au Mali le 31 décembre. Il s’agira ici de soutenir la nouvelle structure FCG5S (force conjointe du G5 Sahel) afin que les pays d’Afrique qui la composent soient prêts à prendre leur sécurité en main, « la présence de la France » n’étant pas « éternelle » rappelait Parly.

 

Sur le volet des ressources humaines, l’année 2018 sera celle de la mise en oeuvre d’environ 70% des actions du Plan Famille, présenté le 1er novembre. Selon le Minarm, « le plan famille permettra de mieux concilier un engagement exigeant avec une vie familiale épanouie en aidant d’abord les plus fragiles et en se penchant sur les questions de la disponibilité et de la mobilité. La famille est placée au centre des priorités. Mieux prendre en compte les absences opérationnelles, mieux accompagner la mobilité, ancrer la garnison au cœur de la vie familiale et sociale sont les lignes directrices au cœur des 12 mesures principales du plan Famille ». Ces mesures représenteront 300M€ de crédits nouveaux sur cinq ans.

 

(Crédits photo : AFP/Daphné BENOIT)

(Crédits photo : AFP/Daphné BENOIT)

 

Enfin, restent deux questions majeures abordées par Emmanuel Macron au moment des élections présidentielles : celle de l’Europe de la Défense et celle du Service National. Fin août 2017, la ministre des Armées, très engagée sur le dossier selon son service de communication, abordait l’Europe de la défense comme un « pari presque impossible, mais pari indispensable ». En novembre, la coopération structurée permanente (CSP ou PESCO) était activée par 25 États-membres de l’UE. Ceux-ci ont adopté une liste initiale de 17 projets (formation, développement des capacités, état de préparation opérationnelle en matière de défense etc) qui devraient être formellement adoptés par le Conseil de l’UE début 2018.

 

Si des pas en avant ont été faits en faveur de l’Europe de la Défense, la marche arrière a été enclenchée sur la question du Service National. Toujours dans cette perspective de réduction des coûts, les députés de la majorité parlaient dernièrement d’un « parcours citoyen », dont la mission ne serait plus confiée au Ministère des armées mais plutôt à celui de l’Éducation Nationale. Le rapport parlementaire qui sera remis fin janvier au gouvernement devrait nous éclairer sur la question.

 

Quoiqu’il en soit, souhaitons à Florence Parly et aux forces armées une année pleine de réussite. Qu’elle soit celle, comme la ministre l’a souhaité aux forces, du « redressement de l’effort de défense », de l’amélioration « des conditions de vie des militaires », celle de l’efficacité et de la performance par la « transformation » et la « simplification ». Que les efforts d’adaptation, d’innovation et de créativité demandés cette année servent à garantir la sécurité de demain.