L’Alat en Libye, deuxième partie

Retour sur les opérations menées en Libye par l’ALAT, deuxième partie.

 

 

 A bord du BPC, de J-2 au jour J

 

Pour une heure ou deux de combat, pratiquement deux jours sont consacrés à la préparation de mission. A la manœuvre, le PCMO (Poste de Commandement et de Mise en Œuvre) installé sur le navire : ce PC est principalement armé par le Commandement des Forces Terrestres (CFT) dont la division « aéromobilité » a récupéré les prérogatives de la 4ème BAM lorsque celle-ci a été dissoute. Mais l’Alat n’est pas seule dans le PCMO qui regroupe environ 70 officiers : des spécialistes du renseignement, des transmissions, de l’imagerie etc apportent également leur savoir-faire pour préparer le terrain au GAM (Groupe Aéromobile). Le PCMO crée la mission, recueille et centralise les éléments d’information sur la zone d’opération, le cadre général, l’effet à obtenir et il met l’ensemble en perspective. Puis il transmet le dossier au GAM et à l’Air Mission Commander qui va préparer la mission dans le détail avec les chefs de bord des hélicoptères engagés.

Pour armer son Helicopter Strike Group sans dégarnir la Côte d’Ivoire ou l’Afghanistan, l’Alat fait feu de tous bois. De jeunes lieutenant tout juste sorti d’école vont côtoyer des anciens, les expériences entre pilotes et chefs de bord étant équilibrées dans les appareils. Le 3ème Régiment d’Hélicoptère de Combat (RHC) est leader, mais les trois RHC de l’Alat s’impliquent largement dans l’opération. Avec une exception toutefois : l’intensité de l’engagement attendu est telle qu’il est décidé de ne pas y faire participer les moniteurs en école, de facto sortis du domaine opérationnel. Bien que l’Alat ne le reconnaisse pas officiellement, il ne fait aucun doute que des membres d’équipages du 4ème RHFS, régiment estampillé forces spéciales, participent également à l’opération.

A J-2, l’articulation de la manœuvre est décidée dans ses grandes lignes. A bord du BPC, une dizaine d’ordinateurs placés en réseau permettent aux chefs de bord de travailler simultanément sur la préparation de la navigation. Cheminements aller et retour (bien entendu sans passer deux fois au même endroit) et horaires de passage sont soigneusement établis. Une large attention est accordée aux cas non conformes : penchés sur les photos satellites placées à leur disposition, les équipages mettent au point des scénarios : que faire si un appareil est touché et doit se poser ? Que faire si l’ennemi n’est pas là où on l’attend ? La coordination du vol par nuit noire dans une zone réduite ne laisse place à aucune improvisation. Chaque mission va faire « jouer » simultanément une dizaine d’hélicoptères dans un rectangle d’environ 20 kilomètres sur dix dans la région de Brega. Certains soirs, du côté de New Brega, les hélicoptères engagés se sont même retrouvés dans une zone de 5 x 3 km. Malgré les risques d’abordages qu’elle représente, la nuit noire de niveau 5 est toutefois plébiscitée par tous, car elle est synonyme d’invisibilité. Une action sera tentée avec l’éclairage résiduel de la Lune : les hélicoptères resteront alors « feet wet », c’est à dire au-dessus de la mer sans s’engager sur les terres. La mission ne sera semble-t-il pas appréciée en raison du sentiment d’insécurité qu’elle procurera.  L’expérience ne sera pas renouvelée et l’Alat en reviendra aux nuits sans Lune…

L’après-midi du jour J, ou plutôt de la nuit N, un briefing final est organisé. Et quand tout le monde est calé sur le même scénario, la mission est intégralement rejouée dans la grand hangar du BPC. La zone de l’objectif est reconstituée sommairement sur plusieurs dizaines de mètres carrés. Des cordes symbolisent le rivage, les routes, les lignes électriques. Des feuilles représentent les bâtiments. Les équipages se déplacent au milieu de la maquette en annonçant les heures de passage. Les cas non conformes sont simulés. Chacun peut voir d’un coup d’oeil où se trouveront physiquement ses camarades pendant la mission. En arrière du dispositif, l’équipage du Puma Imex (Immediate extraction) participe également à la répétition. Avec à son bord un groupe de combat du CPA 30 de l’armée de l’Air, le Puma serait utilisé pour récupérer immédiatement un équipage abattu. Un autre Puma est de la partie : le HMPC avec à son bord l’Air Mission Commander, qui garde une vue d’ensemble sur les hélicoptères à la manœuvre.

A 18 h la messe est dite. Les hélicoptères sont prêts, les équipages sont libres pour quelques heures. Ils peuvent aller manger et grappiller quelques minutes de sommeil. L’heure de décollage variant d’un jour à l’autre, certaines missions seront lancées à une heure du matin. Souvent les équipages se retrouvent sur le pont du BPC plongé dans le noir total, les silhouettes des hélicoptères à peine visibles. Au-dessus d’eux, une voûte étoilée à couper le souffle. Tout autour du navire, un océan d’obscurité qui sera leur meilleur allié dès qu’ils auront quitté le navire.

A suivre